Page:Revue des Deux Mondes - 1854 - tome 5.djvu/897

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Sans doute il y a dans le petit volume, si souvent réimprimé[1], des pages qui ne sont pas de La Rochefoucauld ; mais celles qui dans le temps révoltèrent le plus tous les honnêtes gens lui appartiennent incontestablement. On n’a point, il est vrai, le manuscrit autographe des Mémoires, mais la Bibliothèque nationale possède de nombreuses copies anciennes, une entre autres, qui est bien du XVIIe siècle, et qui a ce titre : Mémoires de M. de La Rochefoucauld tels qu’il les avoue[2] ; or on y trouve sur Mme de Longueville ce qu’il y a de pas dans les éditions de Hollande. Il y a plus : M. Renouard et M. Petitot ont eu à leur disposition d’autres manuscrits des Mémoires, anciens aussi et meilleurs encore ou du moins plus étendus. Nous avons étudié nous-même celui qui a servi de texte à l’édition de M. Petitot, et qui[3] vient de la bibliothèque de Louis Le Bouthillier de Chavigny, marquis de Pons, autrement dit de Pont-Chavigny, l’un des fils d’Armand-Léon Le Bouthillier de Chavigny, fils aîné de Léon de Chavigny, ministre secrétaire d’état sous Louis XIII et sous la régence, mort en 1652, un des amis particuliers de Condé et aussi de La Rochefoucauld, qui en parle souvent dans ses Mémoires. Ce manuscrit porte en tête l’avis suivant, d’une main aussi ancienne que tout le reste : « Ces Mémoires sont les véritables de M. D. L R. F., et différens de ceux qui ont été imprimés en Hollande, soit pour la beauté du stile, soit pour l’ordre des choses et la vérité de l’histoire. Les imprimés ont été compilés par Cérizay pendant qu’il était son domestique, et partie de ces pièces, qui sont assez mal cousues ensemble, sont de M. de Vineuil, partie de M. de Saint-Evremond ; le reste a été pris dans les manuscrits de M. D. L R. F. ; mais ceux-ci sont entièrement de lui. » Nous admettons cette opinion ; mais si ce manuscrit contient véritablement l’ouvrage de La Rochefoucauld, il s’ensuit que l’édition désavouée n’est pas si infidèle, car elle s’y retrouve presque tout entière, corrigée il est vrai, et surtout augmentée. Un des passages fâcheux sur Mme de Longueville a été adouci ; le plus triste, où La Rochefoucauld décrit l’intrigue, et, comme il dit, la machine qu’il inventa et qu’il conduisit pour brouiller le frère et la sœur, et donner Condé à l’ennemie

  1. La première édition parut à La Haye en 1662, format elzevirien, à la sphère ; il y en a eu une seconde en 1663, deux autres au moins en 1664, et je ne sais combien dans les années suivantes.
  2. Fonds de Harlay, n° 352. Voyez Petitot, ibid.
  3. Il appartient aujourd’hui à un bibliophile américain très instruit, M. Coppinger, qui a bien voulu nous le communiquer.