Page:Revue des Deux Mondes - 1854 - tome 8.djvu/658

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


éducation académique de la France la porte bien plus haut que l’Angleterre, qui ne fait que débuter dans ce rigide et nécessaire apprentissage.

Si le nombre des portraits forme à l’Académie royale un trait saillant de l’aspect général, il n’en est pas de même dans les quatre autres expositions nationales. Sur les 355 peintures à l’huile que nous présente la Society of British artists, 14 seulement sont des portraits; on n’en compte que 11 parmi les 439 tableaux de la National Institution, et dans les deux expositions d’aquarelles il ne s’en trouve pas un au milieu des 723 morceaux qui décorent leurs salles. Il y a là, ce nous semble, un fait significatif et dont il faut tenir compte. Voilà donc 2,500 sujets de dimensions et de genres divers qui viennent s’offrir au public sans autre recommandation ni appui que leur propre valeur et l’intérêt que peut inspirer la peinture. Par cela seul qu’un produit continue chaque année à abonder sur le marché, on peut être certain qu’il est demandé, et pour l’art aussi, si mal que sa dignité s’en accommode, cette mercuriale du commerce est un sûr renseignement. Il se peut que le jeune artiste, en débutant dans sa profession, n’y soit poussé que par un goût naturel, par un amour irrésistible pour les seuls attraits de l’art; mais il n’importe, et bien que la constance dans une carrière sans profit ne soit pas une rareté, il n’est pas moins positif que la sympathie du dehors est nécessaire à qui travaille, qu’il en faut des preuves irrécusables et même substantielles pour soutenir l’ouvrier à ses heures de doute, pour le relever quand il faiblit dans le sillon, et pour attirer beaucoup de laboureurs dans le champ, comme pour y faire mûrir une riche moisson.

Mais outre l’affluence des produits, un indice encore plus direct et plus sensible est là pour attester que les œuvres de la brosse et du ciseau n’en sont pas réduites à un public exceptionnel d’amateurs. Il est de règle à Londres que les ouvrages qui ont trouvé un acquéreur reçoivent une étiquette où est écrit le mot vendu, et le nombre de ces inscriptions de bon augure dans les diverses expositions est fait pour frapper. L’or anglais a ses placemens honorables, et la faveur populaire, ajoutons-le, ne s’est montrée ni aveugle ni mesquine. En parcourant avec attention les marques de vente, nous les avons invariablement rencontrées sur les œuvres du plus grand mérite, — ce qui atteste un degré considérable de goût et de jugement chez les acheteurs. De plus, nous avons pu remarquer que beaucoup de ces peintures achetées avaient été découvertes dans les sentiers perdus, dans les petites expositions qui n’ont pas pour elles le prestige de l’Académie royale, et dans les rangs des productions qui n’avaient pas reçu d’un nom déjà accrédité ou de la mode leur bon pour circuler.