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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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14 septembre 1855.

Un seul fait domine l’attention universelle aujourd’hui et parle à tous les esprits, à toutes les imaginations : c’est la chute de Sébastopol, la prise de la ville assiégée depuis près d’un an par les armées alliées. Il est venu surprendre par sa rapidité et émouvoir par sa grandeur, ce dénoùment espéré et attendu, préparé avec une infatigable patience et précipité par l’héroïsme de nos soldats. L’opinion publique en Angleterre comme en France est passée par des phases singulières durant ce long drame militaire. Le malheur de ce siège mémorable et unique peut-être dans l’histoire de la guerre, c’est qu’on l’a cru fini avant qu’il fiît commencé. Depuis l’heure où un malheureux et ironique Tartare jetait en Europe le bruit de la reddition soudaine de Sébastopol, il a semblé pendant longtemps que chaque jour de retard laissât un poids sur la conscience publique. On ne doutait pas de la constance et du courage de nos soldats. Deux ou trois batailles sanglantes, les maladies bravées, un hiver cruel stoïquement supporté, plus de dix lieues de tranchées creusées sur un sol ingrat, des combats de toutes les nuits, des positions conquises pas à pas, disaient assez ce qu’il y a d’inépuisable vertu militaire dans ces armées. Cependant on s’irritait de cette résistance dont nul ne songera à amoindrir la valeur. Bientôt, par une évolution nouvelle, on se résignait aux nécessités et aux lenteurs de la guerre ; on s’accoutumait presque même à la perspective d’un hiver de plus passé devant Sébastopol. Peut-être quelque savant stratégiste allait-il jusqu’à dire la ville imprenable, lorsque le dernier coup a été frappé victorieusement, de façon à retrouver l’éclat merveilleux de l’imprévu. Depuis quelques jours néanmoins, on peut mieux l’apercevoir aujourd’hui, une situation nouvelle se dessinait en Crimée. La bataille livrée sur la Tchemaïa, par son caractère même, dénotait l’extrémité où se sentait poussée l’armée russe. Les travaux de siège se rap-