Page:Revue des Deux Mondes - 1855 - tome 12.djvu/1354

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Saint-Honoré et l’autre près du Louvre, vit le cardinal sortir de l’hôtel de Clèves, en carrosse, avec l’abbé de Bentivoglio, le neveu du célèbre cardinal de ce nom, quelques ecclésiastiques et quelques valets. Campion demanda à l’un d’eux où le cardinal allait, on lui répondit : chez le maréchal d’Estrées. « Je vis, dit Campion, que si je voulois donner cet avis, sa mort étoit infaillible ; mais je crus que je serois si coupable devant Dieu et devant les hommes, que je n’eus point la tentation de le faire. »

Le lendemain, on sut que le cardinal devait aller faire collation chez Mme du Vigean, dans sa charmante maison de La Barre, à l’entrée de la vallée de Montmorency, où était Mme de Longueville et où devait aussi se trouver la reine, qui était déjà partie. Le cardinal s’y rendait de son côté, et n’avait avec lui dans son carrosse « [ne le comte d’Harcourt. Beaufort commanda à Campion d’assembler sa troupe et de courir après ; mais Campion lui représenta que si on attaquait le cardinal en compagnie du comte d’Harcourt, il fallait se décider à les tuer tous deux, d’Harcourt étant trop généreux pour voir frapper Mazarin sous ses yeux sans le défendre, et que le meurtre de d’Harcourt soulèverait contre eux toute la maison de Lorraine.

Quelques jours après, on eut avis que le cardinal devait aller dîner à Maisons, chez le maréchal d’Estrées, ainsi que le duc d’Orléans. « Je fis consentir le duc, dit Campion, que si le ministre étoit dans le carrosse de son altesse royale, le dessein ne s’exécuterait pas ; mais il dit que s’il étoit seul, il falloit qu’il mourût. Je fus, ajoute Campion, dans l’inquiétude que l’on peut penser, jusqu’à ce que, voyant passer le carrosse du duc d’Orléans, j’aperçus le cardinal dans le fond avec lui. »

Enfin, l’irritation de Beaufort ayant été portée à son comble par l’exil de Mme de Montbazon, qui est certainement du 22 août, le duc, aiguillonné par Mme de Chevreuse, par la passion et par un faux honneur, devint impatient d’agir. Voyant que le jour il se rencontrait sans cesse des obstacles dont il ne soupçonnait pas la cause, il résolut d’exécuter le coup pendant la nuit, et dressa une embuscade dont le succès semblait assuré. Le cardinal allait tous les soirs chez la reine, et s’en revenait assez tard. On l’attaquerait à son retour entre le Louvre et l’hôtel de Clèves. On aurait des chevaux tout prêts dans quelque hôtellerie voisine. Le duc lui-même s’y tiendrait avec Beaupuis et Campion, pendant que le ministre serait chez la reine, et sitôt qu’il sortirait, ils s’avanceraient tous les trois et feraient venir les autres qui, en attendant, se tiendraient à cheval, sur le quai le long de la rivière, tout auprès du Louvre.

Songez que celui qui fournit ces détails si précis est un des principaux