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l’été ils viennent camper entre les lacs et Damas, sur de grands espaces laissés à l’état de pâture, l’hiver venu, après le départ des Anezis pour les bords de l’Euphrate, ils s’avancent dans le désert jusqu’à quatre et cinq jours de marche. Ces Arabes se livrent principalement à l’élève du bétail, et les gens de Damas leur confient des troupeaux à cheptel. Il n’y a que des tribus s’écartant peu des territoires cultivables qui peuvent posséder des bêtes ovines, parce que les brebis n’ont pas la marche assez rapide et assez soutenue pour suivre les chameaux et les chevaux, et surtout pour fuir, en cas d’attaque, comme le font les chevaux et les chameaux. Ces tribus soumises ont dû être laissées à tous leurs usages et à toutes leurs habitudes, mais il en résulte parfois des querelles provoquées par les violations du droit particulier qui les régit, querelles dont les pachas ne sont pas juges en dernier ressort, et qui font naître le désordre et la guerre jusque sur des terres administrées directement au nom du sultan.

Le fait que je vais citer servira à montrer l’embarras qu’éprouvent les pachas lorsque, pour éviter l’effusion du sang, des différends survenus entre ces tribus sont portés devant eux.

Il est d’usage en Orient, — et cet usage se retrouve également en Afrique, — que les cousins ont un droit exclusif à la main de leurs cousines. Or une jeune fille de l’une des tribus en question, ayant été dédaignée par ses cousins, avait su se faire aimer par un jeune homme d’une des tribus voisines; sûre de l’amour de celui-ci, elle s’était rendue auprès de ses cousins pour se mettre une dernière fois à leur disposition, et les cousins lui avaient répondu qu’elle pouvait se regarder comme libre. Forte de cette déclaration, la pauvre enfant ne perdit pas un moment pour publier la nouvelle de son mariage, car ses dix-huit ans en faisaient déjà une vieille fille bédouine. Malheureusement un des cousins, subitement épris de celle qu’il avait tant dédaignée jusque-là, s’opposa au mariage et réclama l’appui de sa tribu dans le cas où il faudrait aller arracher la jeune fille des mains de son amant. Les cheiks des deux côtés désiraient que le différend s’arrangeât sans effusion de sang, mais chacun, esclave de l’usage, se déclarait prêt à appuyer, ceux-ci les prétentions du cousin, ceux-là les prétentions du futur mari.

Le pacha, informé de ce qu’on avait à redouter, appela les parties pour les concilier, et leur adressa un discours propre à les ramener à de plus pacifiques dispositions. Le cousin resta ferme dans ses prétentions; appuyé sur son droit, il n’en voulut rien rabattre. Le futur mari demanda, de son côté, que sa fiancée fût consultée, et déclara qu’il se soumettrait à sa décision, quelle qu’elle fût. Restait la jeune fille : le pacha l’engagea avec le plus d’onction possible à