Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/115

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déjà commencé : dans les quatre années qui ont suivi 1847, notre exportation annuelle a dépassé 3 millions d’hectolitres. Même sous le régime de l’échelle mobile, nous n’avons jamais cessé d’exporter un peu de ce côté-là. La Providence, en plaçant les contrées qui peuvent nous vendre des blés près de la région où nous en manquons, a placé en même temps la région qui les produit chez nous au meilleur marché près de ceux de nos voisins qui en ont besoin. N’est-ce pas là une indication évidente de notre commerce naturel ? L’exportation ne doit pas alarmer les consommateurs, car elle donne la meilleure des garanties contre les disettes. Quand une nation produit tout juste, année commune, la quantité nécessaire à sa consommation, le moindre déficit de récolte amène une crise ; quand il y a un excédant régulier provoqué par l’exportation, cet excédant sert le premier à remplir les vides qui se produisent.

En même temps qu’il ouvrait à l’entrée toutes les barrières, le gouvernement à interdit l’exportation des grains. Cette conduite ne me paraît pas logique. Interdire la sortie des grains dans ce moment-ci, c’est prendre une précaution inutile, puisque nos propres prix la défendent beaucoup plus que la loi, et c’est toucher au principe de la liberté au moment où l’on a besoin d’y recourir. Comment demander aux nations étrangères, comme Naples, l’Égypte, la Russie, de lever la défense d’exportation, quand on la maintient soi-même ? Il y a contradiction évidente. Ne voit-on pas d’ailleurs que l’exportation et l’importation se prêtent un mutuel secours ? Le commerce porte d’autant plus volontiers des grains où toute autre marchandise sur un point, qu’il se sait plus libre de recharger pour une autre destination, s’il y trouve plus de profit. L’Angleterre nous en offre un grand exemple : cette île tend à devenir le centre du commerce des grains pour le monde entier. Tout y va, parce qu’on sait qu’on n’est pas forcé d’y rester. Le gouvernement belge a, lui aussi, prohibé l’exportation, mais après une discussion très animée dans les chambres, où il a été reconnu par tout le monde, même par les ministres qui l’avaient proposée, que c’était une mauvaise mesure. On n’a donné d’autre raison que la nécessité de ménager l’imagination publique. Je comprends cet argument, mais il ne faut pas en abuser. On a justement fait remarquer à ce sujet qu’en Piémont on n’avait pas eu les mêmes égards pour les préjugés populaires, et qu’on s’en était bien trouvé. Depuis plusieurs années, la liberté du commerce des grains, tant à l’importation qu’à l’exportation, est entière en Piémont, et le prix du blé n’y est pas tombé aussi bas qu’en France en 1850, il ne s’y est pas élevé aussi haut en 1855. Cette démonstration a d’autant plus d’éloquence qu’elle se passe à nos portes.

Pas plus pour le blé que pour la viande, l’exportation et l’impor-