Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/12

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


chef-lieu du district où se tenait le prince avec un corps de miliciens, n’était qu’à sept kilomètres de Tsinondale, et offrait un refuge assuré en cas de péril imminent. Le prince quitta donc sa résidence sans inquiétude, ne croyant pas qu’il convînt de prendre aucune précaution extraordinaire pendant une absence qui sans doute ne devait pas se prolonger.

À Khando comme à Childa, le prince David trouva cependant une situation plus grave qu’on n’eût pu le soupçonner, et il eut à organiser promptement la défense. La forteresse qui domine Childa était gardée par une soixantaine d’hommes, sous les ordres du prince Ratief, centenier de la milice. Le reste du détachement de miliciens s’élevait à quatre cent quarante hommes campés dans les environs, et que le prince David s’empressa de passer en revue. Il se rendit ensuite chez le commandant de la forteresse, qui lui avait fait préparer à souper ; mais ce repas n’était pas encore terminé, qu’un des jeunes soldats placés en vedettes dans la tour de Pokhalski, poste avancé du cordon russe, à vingt verstes de Childa, vint annoncer que la tour avait été investie par une forte troupe de montagnards qui semblaient marcher sur Khando et Childa. Le prince se dirigea aussitôt vers le premier des points menacés avec quinze miliciens. Là, il trouva les habitans en armes, et il apprit que les forces ennemies s’avançaient sur deux colonnes parallèles, composées principalement de cavalerie. Jugeant que Chamyl en personne commandait l’expédition, le prince revint à Childa pour y attendre l’ennemi. Cent cinquante miliciens allèrent renforcer la garnison de la forteresse ; tous les autres se postèrent le long de la route, au milieu des jardins.

La nuit ne fut troublée que par le bruit lointain de la fusillade qui retentissait autour du poste de Pokhalski. Dès le lendemain, les montagnards se portèrent sur les positions des miliciens, aux abords de Childa, et de sept heures du matin à trois heures de l’après-midi on combattit avec un acharnement égal des deux côtés. Les montagnards furent enfin rejetés sur Khando, puis repoussés au-delà même de ce village. Le prince, rassuré, s’empressa d’écrire à sa femme et chargea un milicien de porter sa lettre. La retraite de l’ennemi paraissait certaine. De nombreux renforts arrivaient de tous côtés à Childa. Une nouvelle tentative des montagnards n’avait pas eu plus de succès que celle de la veille. Tout portait à croire que l’ennemi découragé allait regagner les solitudes du Caucase. Malheureusement cet espoir ne tarda pas à être démenti. On apprit bientôt qu’une nouvelle troupe de cavaliers avait débouché des montagnes et marchait sur l’Alazan. Le milicien que le prince avait envoyé la veille à Tsinondale revint de son côté, apportant un message