Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/125

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vaincu, si les barrières étaient abaissées, que le supplément justement nécessaire pour satisfaire à des besoins partiels, sans nuire le moins du monde à la production nationale ou plutôt en la favorisant. Même en admettant que nos importations dussent s’accroître de plusieurs centaines de millions, beaucoup de ces nouvelles matières deviendraient entre nos mains, des instrumens de production, et nos exportations s’accroîtraient d’une somme égale. Le travail national y gagnerait au lieu d’y perdre. Aucune de nos industries n’y trouverait l’occasion d’une crise, si ce n’est celles qui, mal constituées par leur nature, ne peuvent prospérer sous aucun régime, pas plus sous celui de la protection que sous tout autre. L’expérience se fait déjà pour quelques-unes, nous verrons ce qui en sortira ; il ne s’écoulera pas, j’espère, un grand nombre d’années sans que tout le monde soit éclairé sur la chimère de la protection. Les fantômes qu’on a soulevés de part et d’autre disparaîtront à la lumière des faits, on verra que l’industrie, comme l’agriculture française, n’a rien à craindre de personne.

Quand un pays fait déjà avec l’extérieur pour 3 milliards d’échanges, quand il se compose lui-même d’un territoire de plus de 50 millions d’hectares, comprenant tous les climats et toutes les formations géologiques, mêlé de montagnes et de plaines, sillonné de rivières navigables, de routes, de canaux, de chemins de fer, avec une population laborieuse de 36 millions d’hommes, qui a joué un assez grand rôle dans le monde par son génie dans tous les genres, ce n’est pas un peu plus ou un peu moins de facilités pour commercer avec ses voisins qui peut y changer de fond en comble les conditions du travail. Je n’en attends donc pas des effets bien immédiats et bien prodigieux ; mais je suis loin de croire, comme les protectionistes, que le système protecteur ait contribué en quoi que ce soit au développement industriel de la France ; il lui a nui au contraire, tant qu’il a pu ; ce n’est pas sa faute s’il n’a pas pu lui nuire davantage. La suppression des douanes intérieures a eu dans d’autres temps des résultats considérables, quand de plusieurs petits marchés elle n’a fait qu’un. Un nouvel agrandissement du marché serait un pas de plus. Un jour viendra où il en sera du système protecteur comme des autres erreurs économiques que le temps a ruinées ; nos neveux auront peine à comprendre qu’on ait jamais pu espérer de favoriser le travail en lui créant des entraves et en l’empêchant de vendre et d’acheter suivant ses convenances.

La considération fiscale prend ici une importance de premier ordre. Les produits industriels, ayant plus de valeur sous un moindre volume que les produits agricoles, peuvent être sans inconvénient frappés de droits plus élevés. En substituant aux prohibitions