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qui régissent le monde. De quelque gloire que ses contemporains et la postérité aient payé les contemplations de son génie, on ne peut songer sans stupeur à ce qu’a dû éprouver de félicité cette âme si puissante au point de vue métaphysique, quand elle a pu pénétrer les secrets les plus intimes de la nature et les révéler aux êtres pensans de tous les siècles. Le son flatteur de la louange méritée,

Il dolce suon di meritata Iode,


a retenti à ses oreilles pendant une longue carrière, et son livre des Principes de la Philosophie naturelle a marqué l’époque d’une de ces surélévations de l’esprit humain, d’où, en mathématiques du moins, il ne redescend plus ensuite. Ce fut sans doute pour Newton un rare bonheur d’avoir Voltaire pour héraut de sa renommée ; mais si ses découvertes furent prématurément appréciées à leur juste valeur, elles durent à leur mérite intrinsèque de ne déchoir aucunement quand les travaux des géomètres qui vinrent après lui les popularisèrent en les développant. Ce n’est point seulement Newton que je veux suivre ici dans l’exposé des découvertes dues à l’analyse transcendante. Notre Laplace y aura sa bonne part sans ôter à Newton la gloire, due au premier investigateur des secrets du monde présent et futur.

Notre ciel actuel de chaque saison n’est pas le même qui brillait sur la tête des bergers chaldéens, auxquels on rapporte les premières notions de l’astronomie. Au bout de treize mille ans, les constellations d’hiver deviennent celles d’été, et réciproquement. Depuis le commencement de notre ère, où le printemps commençait quand le soleil était dans la constellation du bélier, tout a rétrogradé, et de nos jours le printemps commence quand le soleil est dans les poissons. De même l’équinoxe d’automne, qui arrivait avec le soleil dans la Balance, arrive maintenant quand cet astre est au milieu des étoiles, de la Vierge. De nos jours, entre 1830 et 1840, la brillante étoile d’Andromède, qui suivait le soleil du printemps, s’est trouvée vis-à-vis de lui, et depuis peu d’années seulement elle le devance d’une petite quantité, qui ira s’accroissant pendant vingt-six mille ans, jusqu’à ce qu’en l’an vingt-sept mille huit cent trente-cinq à peu près elle se retrouve de nouveau vis-à-vis du soleil au moment de l’équinoxe du printemps. La découverte de la loi de ces vastes changemens de scène du ciel étoile est due à Hipparque, célèbre astronome qui vivait un siècle et demi avant notre ère. Newton entrevit, d’après sa fameuse loi de l’attraction universelle, la cause de ces grands effets, mais ce fut notre compatriote d’Alembert qui eut la gloire de les conquérir au domaine de la science.