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blable ? J’ai refusé sur-le-champ, par l’impulsion du moment. Une mûre réflexion n’a fait que confirmer en moi cette impulsion ; ni l’autorité, ni l’exemple d’aucun homme ni d’aucune réunion d’hommes ne pourraient me déterminer à accepter le pouvoir dans de telles circonstances et à de telles conditions. » Devant ce refus péremptoire de Peel, toute espérance des tories s’évanouit ; le cabinet whig se reforma ; la plupart de ses adversaires, en s’absentant, à la demande du roi, de la chambre des pairs, laissèrent passer le bill de réforme. La question ainsi vidée, le parlement fut dissous ; les élections donnèrent aux réformateurs whigs ou radicaux une immense majorité, et le 5 février 1833 sir Robert Peel rentra dans la nouvelle chambre des communes, à la tête d’une petite armée de vaincus qui s’empressèrent de serrer autour de lui leurs rangs, tristes, mais bientôt dociles et disciplinés sous sa direction, par nécessité autant que par choix.

VI.

Dès l’ouverture de la session, dans le débat de l’adresse, sir Robert Peel s’empressa d’indiquer la conduite qu’il se proposait de tenir : « C’est mon devoir, dit-il, d’appuyer la couronne, et l’appui que je donne m’est commandé par des principes parfaitement indépendans et désintéressés. Je n’ai nul autre dessein que de défendre les lois, l’ordre, la propriété et la moralité publique. Ce que je fais ce soir indique ce que je ferai désormais en toute occasion. Qu’on ne dise pas que j’agis ainsi par le désir de rentrer au pouvoir. Je sens qu’entre moi et le pouvoir il y a un abîme plus profond peut-être que pour tout autre membre de cette chambre… Je serais heureux de donner mon appui aux honorables chefs du gouvernement actuel à raison de ma confiance en eux comme hommes publics ; je regrette de dire que je ne le fais point par ce motif. Je leur donne mon appui parce qu’ils sont les ministres de la couronne et qu’ils en ont besoin. Je ne voudrais pas manquer de respect à la chambre ; mais, je dois le dire, le grand changement qu’on a apporté dans sa constitution impose aux hommes qui sont disposés à s’unir à moi dans la vie publique un changement de conduite… Quand la chambre des communes était divisée en deux grands partis, l’un en possession, l’autre en dehors du pouvoir, mais tous deux fermes et confians dans leurs principes, il était naturel et juste que les derniers adoptassent la conduite la plus propre à renverser leurs adversaires… Les circonstances sont changées et je ne me sens plus en droit de pratiquer ce qui a pu être la tactique légitime et nécessaire des