Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/302

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la sorte les deux classes de capitalistes trouvent leur affaire dans les chemins de fer. Les confians et les hardis prennent les actions, qui, ne formant qu’une partie de la somme employée dans l’entreprise, en réunissent cependant, après le prélèvement des intérêts fixes payés aux porteurs d’obligations, toutes les chances de bénéfices progressifs, et peuvent par conséquent rapporter de plus gros dividendes. Les circonspects souscrivent aux obligations ; ils ont ainsi un revenu assuré qu’ils sont certains de recouvrer, lors même qu’il formerait tout le produit net de l’entreprise et qu’il ne resterait plus rien à toucher aux actionnaires, et ils ont de plus une valeur remboursable, par voie d’amortissement pendant la durée de la société, à un chiffre supérieur à la somme qu’ils ont effectivement versée.

C’est ainsi que l’on a combiné la commandite proprement dite et l’emprunt pour l’exécution des chemins de fer. Le principe de ce système admis, il fallait adopter une règle dans la proportion que l’on assignerait à la commandite et à l’emprunt sur la somme totale nécessaire à la réalisation de l’entreprise. Le bon sens et la loyauté indiquaient que la part de la commandite devait être plus forte que celle de l’emprunt, que la somme représentant les droits et les charges de la propriété devait être supérieure à la somme empruntée. Si on établissait la proportion inverse, si l’on faisait la part plus large à l’emprunt qu’à la commandite, on s’exposait en effet à répartir les produits nets de l’entreprise d’une façon par trop inégale entre les actionnaires et les porteurs d’obligations. Ou l’affaire en elle-même serait excellente, ou elle serait mauvaise. Dans le premier cas, ce seraient ceux qui auraient concouru dans la moindre proportion aux dépenses d’établissement de l’entreprise, les actionnaires, qui en accapareraient tous les bénéfices. Dans le second cas, le produit net suffisant à peine au service de l’emprunt, les porteurs d’obligations absorberaient tout, il ne resterait rien aux malheureux actionnaires. En Angleterre, on divisa donc la somme nécessaire à l’établissement de l’entreprise en deux portions inégales : l’une, formant les deux tiers environ, était représentée par des actions ; l’autre, formant le dernier tiers, était levée par voie d’emprunt. L’application du système était fort simple. Les souscripteurs d’actions versaient d’abord la moitié de celles-ci ; puis, ce versement effectué et constituant un gage, la compagnie avait recours à l’emprunt pour une somme égale au premier paiement des actionnaires, et il n’était adressé d’appel à ceux-ci, pour la moitié de leur versement, formant le complément de la somme nécessaire à l’établissement de l’entreprise, qu’après l’emploi des deux premiers tiers de cette somme. On a suivi depuis quatre ans en France un système analogue. Les concessions de chemins de fer ont été établies sur cette combinaison financière, à savoir