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insupportable. Sur ces entrefaites, une maladie contagieuse s’étant déclarée à Burndale, ma tante voulut immédiatement emmener Marian, que son état d’abattement exposait à plus de dangers. Ma sœur ne fit aucune objection à ce projet ; il parut au contraire la ranimer et lui sourire. Toutes deux partirent donc pour le bord de la mer, où elles passèrent environ six semaines.

Quand elles revinrent, il fut évident que les bains de mer avaient eu la meilleure influence sur la santé de Marian. Nos parens, cédant à mes remontrances, s’étaient décidés à l’accueillir comme autrefois, et ils l’accablèrent de caresses ; mais, à ma grande surprise, elle parut plus embarrassée que jamais. Après les avoir embrassés à la hâte, elle monta dans notre chambre, où elle me pria de l’accompagner. Là, je voulais l’aider à se déshabiller, mais elle repoussa mes mains empressées, et son agitation, son embarras m’étonnèrent.

— Eh bien ! ces fièvres, comment vont-elles ? me demanda ma sœur sans me regarder.

Je lui répondis, ce qui était vrai, qu’elles allaient diminuant, et que personne de notre connaissance n’en avait été atteint. Cette assurance parut la calmer, et, une fois couchée, elle me pria elle-même de la laisser s’endormir ; elle était trop lasse pour causer plus longtemps.

En rentrant dans le salon, je trouvai la conversation engagée sur les fièvres de Burndale. La tante Thomasine en vint à demander si quelqu’un de nos amis les avait prises. — Aucun, répondit négligemment mon père… Et, se reprenant aussitôt… Aucun ; répéta-t-il, car je ne compte plus M. Langley parmi ceux qui méritent ce nom.

J’appris ainsi que M. Langley était malade. L’idée me vint d’en prévenir Marian lorsque je remonterais auprès d’elle ; mais elle était endormie, et je remis la mauvaise nouvelle au lendemain. Pendant la nuit, elle rêva tout haut, et prononça plusieurs fois le nom de celui qu’elle aimait. Lasse de l’entendre gémir ainsi et craignant qu’elle ne fût malade, je l’éveillai à la petite pointe du jour. Les yeux ouverts, à mon grand étonnement, elle continua ses plaintes : — Grisell, me disait-elle, je suis sûre, je sens qu’il est arrivé quelque malheur à M. Langley… Comment pourrait-on s’informer de lui ? — Je lui dis alors avec ménagement ce que je savais. Aussitôt elle bondit vers moi, me jeta un regard effrayé où quelque incrédulité se peignait cependant encore, et, comme je l’étreignais dans mes bras, surprise au plus haut point : — Ah ! Grisell, s’écria-t-elle, laissez !… laissez-moi !… Comment suis-je encore ici ?… C’est auprès de lui qu’est ma place… J’ai le droit de l’aller trouver maintenant.

Un instant je la crus folle, mais elle m’eut bientôt détrompée. —