Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/498

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morale, l’ensemble de la civilisation suédoise, sont intéressés au rapprochement le plus intime avec les nations occidentales. Qu’on nous permette de noter ici, en passant, quelques détails caractéristiques de la vie locale. Puérils en apparence, ces détails ont leur signification. Nous lisions l’autre jour dans les journaux suédois qu’il se faisait à Stockholm en ce moment une sorte d’agitation pour changer l’heure du dîner dans le monde des affaires, et faire adopter l’heure usitée à Paris, de telle sorte que tout le milieu du jour ne fût pas perdu à cause d’un repas ordinairement placé aujourd’hui à deux ou trois heures de l’après-midi. L’étranger qui arrive à Stockholm doit savoir qu’après quatre heures on ne dîne plus ; le très petit nombre de restaurans que contient Stockholm n’entendent pas raillerie à ce sujet… Il faut employer à dîner les plus belles heures du jour. On conçoit quelle fâcheuse interruption un tel usage apporte à l’activité d’une grande ville. — A la suite de cette réforme, il y en aurait d’autres à essayer, toujours au nom de la civilisation occidentale : ce seraient l’abolition de ces innombrables santés pendant le repas en commun, avec obligation de vider le verre à chacune d’elles, — la suppression du safran, de l’anis, du cumin dans le pain destiné aux étrangers, car nous ne parlons pas du knœcke-bröd national, qui résistera sans doute à l’invasion des mœurs étrangères, — la suppression du fenouil dans tous les ragoûts, — l’introduction. de la viande rôtie, etc. — Bernadotte avait bien porté quelques atteintes au régime culinaire dont se contentent les Suédois, et ce n’est pas sans reconnaissance pour lui que l’étranger découvre chez les boulangers de Stockholm, — après qu’il a acquis un peu d’expérience, — le kungs-bröd ou pain du roi, c’est-à-dire un petit pain blanc tout français, dont le nom, comme on voit, conserve le souvenir de son royal introducteur ; mais on sait combien les coutumes nationales cèdent difficilement le terrain : les boulangers suédois, pour venger sans doute les vieux Ils dédaignés, ont recommencé à mêler à ce pain leurs détestables ingrédiens. Nous voudrions aussi voir disparaître la suppa, c’est-à-dire l’usage, tout à fait général encore, de manger avant le dîner, debout devant une table à part, des radis, du fromage, d’affreux petits poissons crus, le tout assai sonné d’eau-de-vie de grains. Croit-on qu’un peu plus de délicatesse et de comfortable dans la vie ordinaire n’aurait pas une heureuse influence sur les mœurs d’une grande ville ? Cet usage, partout répandu, de boire de l’eau-de-vie presque à chaque repas est pour le peuple suédois un fort dangereux exemple, et ce serait assurément de la part des hommes sérieux et des familles honnêtes à Stockholm une œuvre de patriotisme que d’y renoncer. Le meilleur remède, contre ce mal serait l’introduction facile des vins de France, grâce à