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qu’elle a déjà rejetée une fois… Qu’elle se sépare pour toujours de son mari, je la reprendrai chez moi, et sans lui garder aucun ressentiment.

— Vous n’y songez pas, m’écriai-je… Jamais je ne lui porterai ce message de votre part.

— Ce sont pourtant mes conditions ; Je n’y changerai pas un iota.

Cette phrase sacramentelle et le ton sur lequel elle fut dite ne me laissaient rien à espérer. J’insistai cependant, mais sans rien gagner sur l’obstiné vieillard. Mistress Flinte, à laquelle je voulus recourir, me refusa nettement son intervention, parfaitement inutile. « Elle répugnait d’ailleurs, me dit-elle, à toute émotion. Les médecins avaient recommandé pour M. Flinte, comme pour elle-même, la tranquillité la plus absolue. » Sur l’escalier, en redescendant auprès de Blanche, je rencontrai Harley ; Il me remit, sans rien dire, un billet de cinquante livres. Je devinai qu’il savait tout, et pour quel emploi il me donnait cet argent. Blanche, en le recevant de mes mains, crut que j’avais fléchi son père : je ne la détrompai qu’à demi, lui laissant espérer un commencement de favorable retour. Le lendemain, peut-être, on la recevrait. Elle partit, bénissant le ciel.

Je l’avais reconduite. Au bas de l’escalier, je m’entendis appeler. Croyant reconnaître la voix de Harley, je remontai en courant. Quelle fut ma surprise en trouvant mon oncle penché sur la rampe ! Il me saisit par le bras, et m’emmenant dans sa chambre : — Est-ce que cette femme,… cette femme que je viens de voir,… est-ce que c’est la Blanche ?… Cela ne se peut. — Cette femme est votre fille, répondis-je simplement. Il demeura muet pendant plusieurs minutes, m’écoutant à peine. Tous les pénibles détails dans lesquels je m’empressais d’entrer, maintenant que sa résistance semblait ébranlée, n’ajoutaient rien à l’impression produite par un simple coup d’œil jeté à la dérobée sur cette pâle image du malheur et du désespoir. Il me fit signe de m’éloigner, et je le laissai face à face avec sa conscience.

Ce que furent alors ses réflexions, on ne l’a jamais su. Quelques heures après, son domestique entra dans sa chambre et le trouva sur le même fauteuil où je l’avais laissé. Seulement il était mort et déjà froid. Une feuille de papier était devant lui ; dans ses doigts raidis, une plume qu’il avait mouillée d’encre… Qu’aurait-il écrit, si la mort le lui avait permis ? — Sans doute, quelques paroles de miséricorde.

Hugh arriva pendant que toute la maison était encore bouleversée par cette catastrophe. Mistress Flinte avait envoyé chercher sa fille. Harley et moi, nous étions retournés à notre hôtel, où mon frère nous vint rejoindre. Il était convenu que nous repartirions pour Edimbourg aussitôt après les funérailles ; mais l’homme de loi dépositaire