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et tant de millions de poudre d’or, parfois aussi la nouvelle de quelque application sauvage de la loi du lynch ; oui, mais son arrivée m’intéresserait davantage, s’il m’apportait la chronique détaillée des maisons de jeu et des tavernes. Les plus curieux documens sur la vie américaine ne se trouvent pas et ne peuvent pas se trouver dans le journal, et les voyageurs nous renseignent beaucoup mieux à cet égard que ne pourrait le faire le plus consciencieux et le plus clairvoyant journaliste ; Nous aurions une excellente histoire contemporaine des États-Unis depuis vingt ans, si nous possédions le journal d’un pionnier de l’ouest, les mémoires d’une vieille négresse, les souvenirs d’un ami de la tempérance ou d’un prédicateur de camp meeting, les confessions authentiques d’un gambler californien. Ces documens échappent nécessairement au journaliste, qui est obligé de s’inquiéter plutôt du mouvement politique et de la vie officielle de la nation.

Il faut dire néanmoins à la louange des journaux américains que, s’ils n’abondent pas en documens curieux, ce n’est point la faute de leurs directeurs, qui font réellement des efforts considérables pour satisfaire l’avidité de leurs lecteurs et attirer les abonnés. Ni frais ni démarches ne leur coûtent. Les télégraphes électriques fonctionnent et les paquebots fument pour leur apporter, quelques heures avant l’arrivée ordinaire des nouvelles, les discours prononcés au congrès par tel personnage politique, ou les correspondances sur telle ou telle émeute dans un état éloigné. Des lettres leur sont envoyées des territoires les plus déserts et des plus sauvages districts. Si une colonie de cent émigrans s’est établie récemment dans le Minnesota, ils le disent ; ils savent le nombre des têtes de bétail que contiennent les fermes de l’Orégon. Quelque peines qu’ils se donnent cependant, ils ne dépassent jamais l’horizon du Nouveau-Monde. Telle est la grande originalité du journal des États-Unis : il est avant tout et surtout, bon gré mal gré, américain. Les contrées les plus inaccessibles et les plus lointaines du Nouveau-Monde sont plus près de l’Américain que l’Europe, dont les steamers de la compagnie Collins atteignent les rivages en onze ou treize jours. Les correspondances et les nouvelles dont les colonnes des journaux américains sont remplies viennent du Mexique de Panama, de l’Amérique centrale, du Chili, du Paraguay. Une révolution à Mexico est un événement d’un assez médiocre intérêt ; mais le récit de cet événement, que nos journaux constateraient en quelques lignes, occupe plus de place dans le journal américain que n’en occuperait certainement la chute d’un pouvoir comme le saint-siège ou la dislocation d’un empire comme l’Autriche. La révolution qui a renversé Santa-Anna coïncidait avec la guerre de Crimée ; mais le premier de ces deux événemens