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considérables pour sa marine ; quelques officiers hollandais sont même restés au Japon pour y développer l’instruction nautique. Tout semble indiquer des relations nouvelles plus suivies et plus fructueuses pour les deux pays, dont trop longtemps les rapports ont été circonscrits par la défiance qu’inspirent les étrangers aux vieilles théocraties de l’Orient.

Cette exclusion, qui date de plusieurs siècles, et qu’ont provoquée les tentatives des missionnaires catholiques, a plus d’une fois excité le zèle indiscret des savans. M. Siebold, Allemand de naissance, attaché au service médical des Indes néerlandaises, passa, il y a un quart de siècle, au Japon. L’histoire de cette race, qui s’enveloppe sous le double voile de l’isolement et du silence, était bien faite pour tenter un esprit curieux et persévérant. M. Siebold se promit de pénétrer, malgré tous les obstacles, dans les mœurs et les origines de ce peuple, qui, pareil au sphinx, s’est fait une puissance de l’inconnu. L’origine du musée qu’on visite à Leyde, si l’anecdote était vraie, serait aussi intéressante que la collection même. On raconte que la fille de l’empereur était malade et que M. Siebold eut le bonheur de la guérir. Il n’aurait mis alors d’autre prix à ses services que l’autorisation de visiter l’intérieur du pays et de nouer des rapports avec les savans. Malheureusement ce récit m’a tout l’air d’une fable. La vérité est que M. Siebold, médecin militaire de l’établissement hollandais à Décima, se glissa peu à peu dans les bonnes grâces de quelques Japonais lettrés. Il obtint ainsi furtivement la plupart des objets qui pouvaient jeter du jour sur la vie mystérieuse des différentes classes de la population. Le subterfuge fut découvert : les complices de cette fraude savante payèrent, dit-on, de leur tête une indiscrétion sévèrement réprouvée par les lois ; M. Siebold lui-même fut retenu durant neuf mois dans une prison. La Hollande lui reprocha un instant d’avoir compromis ses bons rapports avec le gouvernement japonais ; mais elle reconnut bientôt que, si l’entreprise était téméraire, l’intention était fort excusable. L’émotion que produisit en Orient cette ruse louable n’est pas encore effacée, et lorsque dernièrement il s’agissait d’envoyer M. Siebold en mission vers le pays qu’il avait fait connaître, on fut retenu par la crainte des dangers qui l’attendaient.

Quiconque a visité avec attention le musée qui se trouve à Leyde peut dire qu’il a vu le Japon, moins le soleil et moins la nature. Les temples, les chapelles portatives, les idoles étonnées de ne plus recevoir l’encens et les prières, les costumes, parmi lesquels on remarque l’habillement des pêcheurs, les instrumens de musique, les ustensiles de ménage, les principaux outils de l’industrie et de l’agriculture, les armes, les œuvres d’art, dans lesquels on reconnaît les traits délicats d’une race ingénieuse, patiente et immobile, une