Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/842

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de notre force, mais plus sensible pour notre gloire que pour notre véritable puissance.

Toutes les fois que l’état lève un impôt ou contracte un emprunt, il détourne de sa destination naturelle le montant de cet impôt ou de cet emprunt pour l’appliquer à un autre objet qu’il considère comme plus nécessaire. Une fois la guerre déclarée, il n’y a rien de plus urgent et de plus utile que de la faire avec tous les moyens dont on peut disposer. Je suis donc loin de blâmer ceux qui ont mis depuis deux ans toutes leurs économies dans les fonds publics. Sans doute ils ont dû interrompre leurs placemens ordinaires, les cultivateurs en particulier ont dû réduire d’autant leurs avances de culture, mais il n’y avait pas à balancer : ils ont rempli un devoir patriotique en même temps qu’ils ont fait un bon calcul. Comme c’est à eux que reviendra en définitive la charge de payer l’intérêt, ils ont bien fait de s’arranger pour se le payer à eux-mêmes. C’est maintenant au gouvernement de ne pas abuser de cette puissante ressource du crédit public : il sait qu’en élevant d’un cinquième ou d’un quart le taux de l’intérêt, il peut absorber à volonté les épargnes du pays ; il sait en même temps qu’il ne le peut qu’en retirant les capitaux des canaux habituels où ils portent la fécondité. À lui de juger quelle est la destination la plus profitable à l’intérêt national Pour les états comme pour les particuliers, l’emprunt peut être tour à tour un instrument de prospérité ou de ruine, suivant qu’on en fait un bon ou un mauvais usage.

Tout ce qui arrive sous nos yeux, dans l’ordre économique comme dans l’ordre politique, découle d’une source unique, la réaction contre la révolution de 1848. Il semble étrange que cette révolution ait eu pour effet d’étendre et de consolider le crédit public : c’est pourtant l’incontestable vérité. Dans la cise qui a suivi la catastrophe de février, tous les revenus ont été suspendus, surtout les revenus immobiliers ; les rentes sur l’état ont seules résisté. Le public, qui ne se conduit que par des lois simples et générales, qui ne croit en toute chose qu’à l’expérience, en a conclu avec raison que la rente était un excellent placement, et il s’est porté avec : ardeur sur la rente. La consolidation des bons du trésor et des fonds des caisses d’épargne, en donnant aux créanciers de l’état un bénéfice considérable, a achevé de généraliser le mouvement. La rente s’est popularisée, démocratisée, et c’est ce qui a fait le succès des derniers emprunts ; mais cette disposition heureuse de la part des petits capitaux, les plus nombreux de tous, il ne faut pas en abuser. Ressource excellente pour les jours de crise, elle pourrait s’épuiser, si on lui demandait trop à la fois ; des signes sensibles l’annoncent.

Il y a donc lieu de croire que, pour quelque temps du moins, l’état ne fera pas de nouveaux emprunte ; les capitaux qui se forment tous