Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 4.djvu/616

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Après avoir franchi le Col de Walker, Frémont descendit dans les grandes plaines ou llanos dépourvues d’herbes et d’eau et semées seulement de quelques oasis fertiles ou vegas; il quittait les belles vallées alpines de la Sierra-Nevada parcourues par de nombreux ruisseaux, les forêts magnifiques peuplées d’animaux de toute espèce, pour entrer dans des déserts dont la monotonie décourage le voyageur, et où l’on n’aperçoit plus d’autres arbres que les maigres et disgracieux yuccas. Quelques torrens qui descendent des montagnes vont s’y perdre bientôt dans les sables, et la contrée devient complètement aride.

Frémont se proposait de tourner le Grand-Bassin par le sud, comme il l’avait déjà fait par le nord. Il alla donc chercher la route espagnole que suivent tous les ans les caravanes qui vont de Santa-Fé à la Puebla de los Angeles, située près de la côte du Pacifique. Le voyage à travers ces brûlantes solitudes est extrêmement pénible, et les explorateurs y souffrirent presque constamment de la soif. Les Indiens, habitués à lever un tribut tous les ans sur les caravanes, suivaient la troupe de Frémont comme une bande de corbeaux, et assassinèrent un de ses hommes. Frémont quitta la route espagnole au point où elle s’écarte de la limite du Grand-Bassin, et suivit le versant occidental des monts Wahsatch, qui le ferment de ce côté. La contrée qu’il traversa le long de cette chaîne élevée est couverte de riches pâturages et arrosée par de nombreux ruisseaux. Il traversa sur des radeaux la rivière Nicollet, qui se jette dans un des lacs situés sur cette fertile ceinture du Grand-Bassin, et arriva au lac Utah, voisin du Grand-Lac-Salé, avec lequel il communique par une rivière que les mormons ont appelée le Jourdain. L’intrépide voyageur avait ainsi fait le tour entier du Grand-Bassin et complété un immense circuit qui comprend à peu près 12 degrés du nord au sud et de l’est à l’ouest. Il retourna vers les Montagnes-Rocheuses, en passant par les Trois-Parcs, hautes vallées enfermées entre des chaînes couronnées de neige, et revint, après deux ans d’absence, dans le Missouri en descendant l’Arkansas.

Après avoir étudié tout le pourtour du Grand-Bassin, c’est encore Frémont qui, dès l’année suivante (1844), en parcourut l’intérieur et compléta ainsi la géographie de cette vaste région, la moins connue de toute l’Amérique du Nord. Il suivit sur toute sa longueur la rivière Mary ou Humboldt, qui traverse le Grand-Bassin de l’est à l’ouest sur une très grande étendue, et va se perdre dans un petit lac situé à trente lieues environ du col de la Sierra-Nevada, le plus facile à franchir à ces latitudes. La fertile vallée de cette rivière, qui traverse des plaines de sables et prend sa source dans une chaîne de montagnes très rapprochée du Grand-Lac-Salé, est devenue