Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 5.djvu/747

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


comme aux derniers liens de leur nationalité. Là est la cause de la ténacité avec laquelle ils adhèrent à leurs usages religieux. La synagogue est le centre de leur vie morale, l’ombre du temple écroulé. Ils ont conservé l’usage touchant de prier, la face tournée vers Jérusalem. La porte de leur synagogue est placée en conséquence, et vis-à-vis de cette porte se trouve l’arche dans laquelle est déposé le livre de la loi. Au milieu s’élève une sorte de bureau ou d’autel, autour duquel se tiennent les chantres et les clercs. Des candélabres sont suspendus aux différentes parties de l’édifice. Les assistans se placent sur des bancs de bois, mais ces sièges ne sont point admis dans l’espace qui s’étend entre l’autel et l’arche ; cet espace doit rester vide. Les femmes ne s’asseoient jamais à côté des hommes ; elles sont séparées et en quelque sorte cachées à un étage supérieur dans une galerie particulière. Les prières se font en hébreu. Les chants ont quelque chose de grand et de triste comme cet exil qui dure depuis bientôt deux mille ans.

Les principaux élémens du culte hébraïque sont la lecture de la loi et la prière, qui a tout à fait remplacé les antiques offrandes. L’exemplaire dans lequel on fait la lecture du Pentateuque doit être un manuscrit ; il doit avoir la forme d’un rouleau ; l’encre avec laquelle les caractères ont été tracés doit être composée d’ingrédiens déterminés, car les rabbins ont établi minutieusement les règles qui président à la transcription des livres saints. Sur ces livres s’appuie tout l’édifice des croyances mosaïques. Le nombre des versets, des mots, des lettres, des points, des accens, des virgules, tout a été compté depuis longtemps par des hommes qui avaient à cœur de préserver le texte contre toutes les altérations des copistes. Quand la lecture publique est terminée, deux ou trois assistans prennent des mains du lecteur le rouleau sacré (le manuscrit de la loi), et l’enveloppent précieusement dans un riche étui. Le service dans la synagogue se fait chaque jour et plus spécialement le vendredi soir et le samedi matin. La synagogue portugaise d’Amsterdam a été au commencement de ce siècle le théâtre d’une scène intéressante. Un Français, l’abbé Grégoire, avait contribué par ses écrits, par ses dis cours et par son influence dans les assemblées politiques, à l’émancipation des Juifs. Se trouvant à Amsterdam, on le pria de venir dans la synagogue : il s’y rendit. Là, les Israélites hollandais chantèrent un cantique d’actions de grâces pour remercier Dieu d’avoir amené parmi eux un homme, un évêque, qui, se plaçant au-dessus des préjugés du moyen âge et mû par un sentiment d’humanité chrétienne, avait osé défendre la cause de la race proscrite.

On connaît l’histoire religieuse des anciens Hébreux, ce peuple au cou dur, comme l’appelle Moïse, qui l’avait fait ; je me bornerai à dire en quoi consiste le judaïsme moderne. Les Juifs modernes ont deux