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RÉCIT DE LA HAUTE MER

I.

Dans un hameau de la Bavière rhéhane, situé non loin des bords de la Spire, un vieux paysan fumait, tranquillement assis sur un banc de bois, devant la porte de sa ferme. Le printemps brillait de tout son éclat, l’aubépine fleurissait partout sur les haies, le rossignol chantait sous les buissons, et du haut des grands arbres le coucou vagabond jetait son cri d’appel. À cette époque de l’année, il y a dans la nature tant de vie et de mouvement, le travail latent de la sève se montre de toutes parts si actif, que l’âme humaine participe, elle aussi, à ce rajeunissement universel. Habitué à vivre au milieu des champs, le vieux laboureur n’en ressentait que plus vivement l’influence des premiers beaux jours. Les mains sur ses genoux, la tête penchée, il promenait ses regards sur la verte campagne qui se déroulait devant lui et sur les eaux de la rivière qui coulaient vers le Rhin. Il en avait compté déjà beaucoup de ces riantes saisons si chères à la jeunesse : combien lui serait-il donné d’en voir encore ? Ainsi pensait-il vaguement, car la pente de la rêverie conduit vite à la tristesse ; puis, comme il se redressait pour lancer la fumée de sa pipe, il aperçut à l’angle du chemin le facteur du village qui s’avançait vers lui.

— Tenez, père Walther, cria le facteur, voici une lettre couverte de timbres de toutes les couleurs. Cela doit venir de bien loin.