Page:Revue des Deux Mondes - 1857 - tome 10.djvu/21

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— Mon père, s’écria Gretchen ; mon père, voyez donc comme il ressemble à quelqu’un de notre pays,… à…

— À Max, répliqua Walther, car c’est bien lui ! Que peut-il aller faire en Amérique ?…

Max vint saluer le vieux Walther ; il s’inclina doucement devant Gretchen, puis alla se mêler au groupe des émigrants assis au pied du grand mât. Lorsque le navire eut dépassé les portes du bassin et que le flot de la marée baissante commença à l’emporter vers l’embouchure du fleuve, l’ordre, un moment troublé par la confusion du départ, se rétablit peu à peu sur le pont et dans l’intérieur du navire. Les émigrants descendirent pour prendre leur repas ; il ne resta en haut que Max. Il se promenait en fumant, les yeux fixés sur la noble flèche de la cathédrale, autour de laquelle les plus hautes maisons d’Anvers ressemblaient à des brebis couchées aux pieds du berger. Ludolph en l’abordant vint l’arracher à sa rêverie.

— Tu vas donc en Amérique aussi, toi ?

— Tu l’as dit, répliqua Max.

— Et qu’y vas-tu chercher ?

— Ce qui me manque en Europe.

— La fortune ? N’as-tu pas de quoi vivre au pays ?

— As-tu peur d’être gêné là-bas ? Il y a place pour moi et pour bien d’autres encore sur le sol du Nouveau-Monde !

— Mais il n’y a plus de place à bord, tout l’entrepont est plein. J’ai eu bien de la peine à me caser auprès de Walther et de Gretchen… Je tenais à me loger près d’eux pour leur être utile pendant la traversée.

— Ne t’inquiète pas, répliqua Max ; je trouverai où me mettre. Voici le capitaine qui paraît sur le pont, j’ai deux mots à lui dire.

— Tu vas voir comme il reçoit les gens d’entrepont, dit Ludolph ; je connais les marins, moi…

— Et moi, je connais celui-ci, répondit Max. Après s’être assuré d’un regard que le capitaine n’avait aucun ordre à donner, et quand il l’eut vu s’asseoir sur un banc avec la tranquillité d’un chef qu’aucune pensée sérieuse n’agite, Max s’approcha poliment du capitaine et lui remit une lettre. Le marin la parcourut rapidement, tendit la main au jeune voyageur, et l’emmena dans sa cabine. Ludolph restait sur le pont les yeux ouverts, la bouche béante, surpris et un peu jaloux de voir disparaître le petit Max par cet escalier de l’arrière qui était interdit aux passagers de seconde classe.

Le soir, Walther et sa fille avaient reparu sur le pont. Entraînée par le courant, la Cérès glissait avec rapidité entre les rives basses de l’Escaut.

— Gretchen, ma chère enfant, disait le vieux paysan, vois donc