Page:Revue des Deux Mondes - 1857 - tome 10.djvu/589

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


guère plus souvent qu’ils n’y naissaient. Décius alla finir en Pannonie, au fond d’un marais. L’empire faisait comme lui, il se noyait dans la boue.

Ceci ne s’applique point en particulier au règne de Décius. Si Lactance l’appelle un exécrable animal, l’Epitome des Césars dit qu’il fut un souverain affable et un guerrier vaillant, et Zozime assure qu’il gouverna très bien. Il avait construit à Rome des thermes dont on ignore l’emplacement. Décius est le dernier empereur romain dont on ait trouvé le nom écrit en hiéroglyphes sur les monumens de l’Égypte. Encore un signe de la puissance romaine qui s’en va et du monde qui lui échappe.

Quand on considère les bustes des empereurs de cette triste époque, on remarque chez plusieurs une expression tout à la fois ferme et inquiète, bien sensible surtout chez Volusien. Ils semblent voir les Barbares venir, les légions s’apprêter à les immoler, et attendre avec une résolution triste la fin de l’empire et la leur.

Cette fin approchait. On peut dire que l’empire a été frappé à mort sous Gallien. Les Barbares y pénètrent de tous côtés, il se démembre pièce à pièce, et à chaque lambeau qu’ils emportent, Gallien fait une plaisanterie, ou dit : « Qu’aurons-nous demain à dîner ? » Pendant ce temps s’élèvent partout des chefs militaires qui prennent la pourpre, et qu’on appelle les trente tyrans. Ces tyrans, parmi lesquels on compte deux femmes, étaient en général des hommes énergiques qui, dans la défaillance du pouvoir impérial, prenaient en main, là où ils se trouvaient, la défense de l’empire, assertores romani nominis, tandis que l’empereur l’abandonnait, Galieno rempublicam deserente, comme dit Trebellius Pollion. La plupart ne firent que passer, et l’un d’eux régna trois jours. On ne peut s’étonner que Rome, qui ne vit pas leur pouvoir éphémère et lointain, n’ait pas conservé leurs images. On y trouve celle de Gallien, auquel l’expression de son visage donne l’air d’un aussi grand coquin que la ressemblance historique peut le faire désirer.

Gallien, comme tant d’autres mauvais empereurs, avait bien commencé, ce qui explique sans doute quelques lignes favorables de Zozime et de Zonaras ; mais bientôt, dit Eutrope avec une certaine éloquence, « s’abandonnant à tous les vices, il laissa aller les rênes de la république par lâcheté et par désespoir. » La biographie de Gallien dont Trebellius Pollion est l’auteur ne permet pas de douter qu’il ait été le plus misérable des hommes. Il gagna la multitude par des distributions de vivres, mais on n’achète pas l’histoire.

Il reste de cet homme, dont le règne fut plus que nul autre funeste à l’empire, et sous lequel Rome perdit le plus de provinces, un arc de triomphe. Ceux de Trajan et de Marc-Aurèle, qui allèrent