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celui-ci de le prendre pour général et de lui laisser la vie. Philippe le fit mettre à mort malgré ses cris et placer au rang des dieux.

Le nouvel empereur était fils d’un chef de brigands. Sa tête est bien aussi celle d’un bandit énergique. En voyant ce front dur, ridé, impitoyable, on comprend que Philippe n’ait pas eu pitié de Gordien ; en voyant ce regard sombre et faux, on comprend qu’il l’ait trompé avec cette astuce orientale dont parle Capitolin, peregrina calliditate. Les traits de son fils, qu’il avait associé à l’empire, sont moins romains : on le voit surtout dans un buste en basalte noir, matière qui semble avoir été choisie pour faire allusion à son origine. Il a plus que son père une tête arabe. En supposant chez les Philippes un sang mélangé, le type primitif aurait reparu plus marqué à la seconde génération, comme il arrive pour les ressemblances de famille.

Le règne, du reste assez obscur, de Philippe compte dans les fastes du Colisée, car pendant ce règne l’an 1000 de Rome fut célébré par des égorgemens d’une grande magnificence. Deux mille couples de gladiateurs y combattirent, on tua trente-deux éléphans, dix tigres, quarante lions apprivoisés, trente léopards, dix hyènes, dix girafes, un hippopotame, un rhinocéros, etc. On voit que le massacre des hommes et des animaux n’avait rien perdu de son ancienne splendeur. Il n’y avait point de décadence pour cet art-là.

Nous arrivons à un temps où l’obscurité qui s’étend sur les misérables héritiers de l’empire enveloppe leurs images. L’art, en se corrompant, rend de plus en plus difficile de démêler à quels personnages appartiennent les portraits que nous avons. Quelques-uns de ces personnages se font remarquer par un air de férocité. Le buste du Capitole donne à Décius la plus méchante figure qu’on puisse imaginer. Il fait une affreuse grimace, et semble apercevoir un objet effrayant. Je soupçonne un chrétien d’être l’auteur de ce portrait, et d’avoir ainsi représenté Décius en haine de la persécution. Ou bien peut-être on l’a choisi à dessein pour le mettre dans la collection parce qu’il était hideux, comme doit l’être aujourd’hui à Rome le persécuteur des chrétiens. Décius n’a point cet aspect sur les médailles, et l’histoire ne l’a pas si mal traité. Vopiscus, en énumérant une suite de mauvais empereurs, a soin de faire une exception pour les Décius, dignes d’être comparés aux anciens, dit-il, par leur vie et leur mort. Quant aux deux fils de Décius, ils paraissent avoir été de bien méchans garnemens, si l’on en juge par leurs bustes. L’un donne l’idée d’un petit serpent venimeux, l’autre d’un grossier et impudent drôle. Un peu plus loin, le jeune Soloninus, fils de Gallien, a une atroce figure d’enfant. Décius, comme la plupart des empereurs de ce temps, ne mourut point à Rome. Ils n’y mouraient