Page:Revue des Deux Mondes - 1857 - tome 10.djvu/591

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Le règne de Gallien est néfaste entre tous les règnes des empereurs que Rome a subis. Au moment où la puissance romaine est près de se dissoudre par l’ineptie et les vices d’un homme, la nature semble vouloir ajouter ses fléaux à ceux que le pouvoir qui régit la société avait attirés sur elle. La terre tremble et engloutit un grand nombre de maisons avec leurs habitans, des villes sont envahies et détruites par la mer, beaucoup d’hommes meurent d’effroi ; des éclipses répandent les ténèbres, une contagion terrible fait mourir jusqu’à cinq cents personnes en un jour. Il semble que la fin de Rome et du monde soit arrivée.

Du sein de ce temps lamentable allaient surgir quelques hommes dignes d’un temps meilleur : Claude le Gothique, Aurélien, Tacite, Probus. Ils venaient trop tard pour empêcher la chute de l’empire, ils ne purent que l’ajourner. Malheureusement leurs portraits sont rares et manquent dans la collection du Capitole. J’aurais aimé à y voir les traits de ce second Claude, qui montra autant de vigueur que le premier déploya de faiblesse. Je voudrais qu’on trouvât le bouclier d’or sur lequel le sénat avait fait graver son image, sa statue en argent, que l’on avait placée sur les rostres, enfin la statue en or que le peuple romain, hommage sans exemple, avait érigée à Claude devant le temple de Jupiter, parce que les livres sibyllins ayant annoncé que le premier qui parlerait dans le sénat mourrait, et par sa mort sauverait l’état, Claude avait réclamé cet honneur comme une prérogative de la dignité impériale.

Ce règne et celui d’Aurélien tirèrent Rome de l’avilissement où Gallien l’avait plongée. Aurélien fut dur, cruel même, mais brave, énergique, infatigable. Pendant un règne de quatre années, il reprit presque tout ce que Gallien avait perdu ; il avait le droit de consacrer, comme il le fit, une statue au génie du peuple romain, qu’il relevait. Ses traits n’ont rien d’un Romain, ce qui ne saurait étonner chez un Illyrien ; fils d’un paysan, d’une grande taille, d’une force remarquable, toujours sombre, trux omni tempore, dit Eutrope, Aurélien fut le paysan du Danube empereur. La victoire la plus célèbre d’Aurélien est celle qu’il remporta sur Zénobie, reine de Palmyre. Après la mort d’Odenat, son mari, Zénobie avait gouverné avec fermeté et avec gloire. Vaincue par Aurélien, elle orna son triomphe. On la laissa vivre, et elle alla terminer paisiblement ses jours en grande dame romaine, près de Tivoli ; dans le voisinage de