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de Constance, de Sévère et de Maximien. On peut donc considérer l’édifice attribué à Dioclétien comme l’œuvre collective de tous ces princes, et par là il exprime assez bien l’état de morcellement où le pouvoir était tombé en dépit de la savante organisation de Dioclétien et de l’unité qu’il avait voulu imposer par elle à l’empire.

D’après les débris qui en subsistent, on peut reconnaître et mesurer l’étendue des thermes de Dioclétien. L’espace qu’ils couvraient est occupé aujourd’hui par une place, des jardins, un couvent, des magasins à foin, des maisons, un établissement d’utilité publique. Dans une partie de ces thermes, Michel-Ange a construit le plus grand cloître qui soit à Rome ; l’église de Sainte-Marie-des-Anges n’est, comme on sait, qu’une salle des thermes de Dioclétien. Une autre salle, à laquelle on n’a rien changé, est devenue la petite église de Saint-Bernard. Quant à Sainte-Marie-des-Anges, il y avait peu de chose à faire pour l’approprier à sa destination actuelle, et si après Michel-Ange on a introduit des changemens regrettables dans cette belle église, la faute n’en est point au majestueux et grandiose édifice de Dioclétien.

Ces thermes n’étaient pas tout à fait aussi considérables que ceux de Caracalla. Cependant nous savons qu’ils pouvaient recevoir trois mille baigneurs, ce qui est le double des sièges de marbre construits par le fils de Septime-Sévère ; mais peut-être ce nombre n’était-il pas égal à celui de tous ceux qui se baignaient dans les thermes de Caracalla, et puis il y avait dans ceux de Caracalla une seule piscine, et deux piscines dans ceux de Dioclétien. Les divertissemens de tous genres, qui à Rome, autant que les bains mêmes, faisaient partie intégrante des thermes, n’avaient pas non plus été oubliés. On voit encore dans le jardin du couvent de Saint-Bernard les gradins semi-circulaires d’où les oisifs regardaient les jeux de la palestre, et l’on sait que les livres de la bibliothèque ulpienne, fondée par Trajan, furent transportés dans les thermes de Dioclétien. Suivant une tradition qui n’a rien d’invraisemblable, beaucoup de chrétiens, pendant la persécution de Dioclétien, travaillèrent à élever ce vaste monument. Ce serait une belle revanche du christianisme que d’avoir converti en églises deux salles d’un monument bâti pour leur persécuteur par les labeurs des chrétiens opprimés.

L’excès de l’oppression touche quelquefois à l’affranchissement. Après les plus violentes persécutions, voici venir pour les chrétiens la délivrance et l’empire. Après Dioclétien, voici venir Constantin.

Son père, Constance Chlore, remarquable parmi ses collègues impériaux pour son humanité, a au Capitole une bonne grosse tête carrée, et, ce qui est assez rare depuis quelque temps chez les empereurs romains, l’air d’un honnête homme. Sainte Hélène, mère de