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sième journée de marche et s’arrêtaient sur l’Aube, à dix milles des Gaulois environ.

C’est le lendemain, entre Montigny et Louesme, dans une plaine ondulée, fermée par l’Aube, l’Ource et des collines boisées, qu’aurait eu lieu la rencontre des deux armées. L’infanterie arverne serait restée en bataille en avant de ses camps, bordant la crête assez élevée qui domine l’Ource vers Prusly. La position qu’elle occupait ainsi sur le flanc droit de la route qu’allaient suivre les légions convenait bien au rôle qui lui était assigné et aux projets de son général. La cavalerie gauloise traverse la plaine, et, arrivée en avant de Courban, se trouve en vue de la colonne romaine, qui débouche vers Montigny ; mais celle-ci, au lieu de se laisser envelopper, se déploie, et le combat s’engage sur un front d’environ une lieue, non pas tel que Vercingétorix l’avait prévu, mais tel que le voulait César. Aux trois corps de cavalerie gauloise sont opposés trois autres corps de cavalerie. Celui de gauche soutient le combat sur les bords de l’Aube, vers Veuxaulles ; celui de droite s’engage sur un terrain ondulé que bordent des bois. Après une assez longue lutte, ce dernier obtient un avantage marqué, et atteint le sommet des collines (summum jugum nacti), d’où il pousse l’ennemi sur une pente assez rapide qui aboutit aujourd’hui au village de Courban. L’aile gauche des Gaulois ne peut se rallier, et fuit en désordre pour chercher l’appui de son infanterie ; le vainqueur la poursuit à travers une lieue et demie de plaine, et ne s’arrête qu’à l’Ource (usque ad flumen), devant la phalange des Arvernes. Les deux autres corps, se voyant tournés, plient à leur tour, puis se débandent et se jettent dans les bois. La plaine est couverte par la cavalerie germaine, et derrière elle se montrent les enseignes redoutables qui l’ont appuyée tout le jour. Vercingétorix ne peut plus se maintenir sur l’Ource ; il couvre la retraite avec assez d’ordre, mais au prix de pertes sérieuses. Tous les Gaulois ont leur point de ralliement à Alise, qui est séparée du champ de bataille par moins de douze lieues de terrain facile, sans obstacles, sans cours d’eau importans, car l’Aube et la Seine ne sont là que des ruisseaux. César les suit jusqu’à la nuit, et campe sans doute sur les bords de la Seine. Le lendemain, en six ou sept heures de route, il était devant Alise.

Nous devons avouer qu’aucun de ceux qui ont avant nous étudié cette question n’a choisi la vallée de l’Aube pour en faire le théâtre du combat. D’Anville et tous ceux qui ont suivi son sentiment sur l’emplacement d’Alesia ont fait partir César du point même où il avait opéré sa jonction avec Labiénus, c’est-à-dire des environs de Sens, et, cette base admise, l’ont fort logiquement[1] acheminé vers

  1. Pour que ce système soit tout à fait logique, il faut pourtant admettre encore