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celle qui couvrait le front de l’infanterie gauloise pendant l’action du premier jour ; qu’enfin dans ces deux mêmes journées l’armée consulaire aurait manœuvré, combattu et franchi au moins soixante kilomètres d’un pays accidenté et couvert de forêts.

Qu’est-ce, me dira-t-on, qu’une marche de quinze lieues en deux jours pour des soldats tels que ceux de César ? Nos régimens d’Afrique n’appelleraient pas cela une fatigue ; nos immortels conscrits de 1813 et de 1814 en ont fait bien d’autres ; c’eût été un jeu d’enfans pour les vétérans d’Austerlitz et d’Iéna, et, lors de la bataille de Castiglione, la division Augereau a bien marché sept nuits et combattu sept jours. Mais remarquons : 1° que les Romains ne marchèrent pas la nuit (César dit formellement qu’il s’arrêta à la chute du jour) ; 2° qu’à la dépense de temps et de forces nécessaires pour franchir les quinze lieues il faut ajouter les passages de rivières, les manœuvres et le combat de la première journée ; 3° que cette marche ne put pas se faire tout le temps en colonne de route, que plusieurs fois sans doute il fallut se mettre en ordre de bataille, ou tout au moins avancer avec les précautions que, dans une situation pareille, un général tel que César ne pouvait négliger.

Ainsi, pour aller chercher Alesia sur l’emplacement de l’Alaise franc-comtoise sans faire violence au texte des Commentaires, il faut prêter successivement aux deux adversaires des qualités et des défauts qui semblent s’exclure les uns les autres :

À Vercingétorix, une rare sûreté de jugement et une grande prévoyance au début, puis peu de sagacité dans le choix de sa position, une présomption, une négligence et une versatilité inouies, puis encore beaucoup de bonheur, d’ordre et de rapidité dans sa retraite ;

À César, tout d’abord une singulière complaisance à servir les desseins de son adversaire et un esprit peu fécond en combinaisons, puis, malgré le mystère dont il s’enveloppe, des traits de génie qui arrachèrent à la fortune des faveurs bien supérieures à toutes celles que la capricieuse déesse a jamais accordées ;

Aux soldats romains enfin et à leurs auxiliaires beaucoup de vigueur dans l’action, puis beaucoup de mollesse dans la poursuite, et cependant une bien grande force physique, une bien rare agilité dans leurs marches et dans leurs évolutions.


VIII.

Si du département du Doubs nous passons dans celui de la Côte-d’Or, nous trouverons-nous en face des même complications ? Dans l’embarras de trouver des explications plausibles, serons-nous en-