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UNE ANNÉE
DANS LE SAHEL
JOURNAL D’UN ABSENT.

DERNIÈRE PARTIE.[1]


Mustapha d’Alger, janvier.

Je t’écris d’Alger, où je suis venu assister à la fête des fèves, — Aïd-el-Fould, — une fête nègre, que l’usage est de célébrer chaque année, dans le courant d’avril, à l’époque où commence la récolte des premières fèves. Pourquoi les fèves précisément ? Quel est le sens religieux de la fête ? Pourquoi ce taureau habillé d’étoffes, décoré de bouquets, qu’un sacrificateur égorge au milieu d’un cérémonial barbare ? Pourquoi la fontaine, l’eau lustrale et le sang du taureau, dont la foule est aspergée comme d’une pluie sacrée ? D’où vient enfin que la fête a particulièrement lieu par les femmes et pour les femmes ? car c’est une femme qui distribue le sang, qui la première puise à la source, et si les hommes exécutent les danses, les femmes ont l’air d’y présider. Il y a sur l’Aïd-et-Fould d’Alger de nombreux détails explicatifs publiés dans plusieurs livres ; permets-moi de m’en tenir au récit de ce que j’ai vu. C’est un tableau fort original et très brillant, et je n’ai pas songé une seule fois aujourd’hui que cette cérémonie tout africaine, mêlée de pompes tragiques et de divertissemens, de ballets et de bombances, fût autre

  1. Voyez les deux premières parties dans la Revue du 1er et du 15 novembre.