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placé ses interpellations sous l’invocation des intérêts commerciaux que la crise actuelle trouble dans son pays comme dans le reste de l’Europe. C’était agir en véritable homme d’état moderne qui connaît le rôle que ces intérêts jouent dans notre civilisation ; c’était d’un contraste heureux et instructif avec un travers auquel on s’abandonne parmi nous depuis quelque temps, avec le dédain que l’on affiche pour les intérêts que l’on appelle matériels, nous ne savons trop pourquoi, car ils sont essentiellement moraux, puisqu’il se confondent avec les intérêts du travail, et ils sont politiques au premier chef, puisque c’est d’eux que les gouvernemens tirent les élémens de leur puissance financière.

Lord Palmerston a défini avec une précision et une clarté saisissantes, et les positions respectives des puissances de l’Europe, qui semblent sur le point d’en venir aux mains, et la position libre et naturellement arbitrale que, les conflits du continent assignent à l’Angleterre. Entre les grandes puissances qui font de si vastes apprêts militaires, il n’y a point eu de ces collisions d’honneur et de ces chocs subits d’intérêts qui animent les ressentimens des peuples, et ne leur laissent d’autre recours que la guerre. Cela est si vrai que les peuples du continent se sont aperçus des dispositions militaires prises par leurs gouvernemens bien avant d’en connaître ou d’en comprendre les motifs, et cela est si heureux que les peuples ne se sont point passionnés, et ne demandent et n’attendent pas d’autre satisfaction que d’apprendre que leurs gouvernemens se tiennent eux-mêmes pour satisfaits, et que la paix n’est plus en péril. La guerre n’est donc pas nécessaire ; elle ne pourrait éclater que si quelqu’un voulait prendre sans provocation l’initiative et la responsabilité d’une violation gratuite des traités qui forment le droit public de l’Europe. Lord Palmerston n’a pas de peine à écarter cette hypothèse en passant en revue les puissances dont l’attitude, et non les prétentions avouées, fait craindre un conflit européen. Aucune de ces puissances, lord Palraerston le croit, et M. Disraeli, organe du gouvernement, l’affirme, ne veut violer les traités. La difficulté et le péril sont donc dans les choses, et non dans les desseins des gouvernemens. Ces difficultés naissent de la situation de l’Italie centrale, du fait de la double intervention française et autrichienne dans les États-Romains, du principe de l’intervention de l’Autriche dans les affaires intérieures des petits états italiens, principe inscrit dans les traités particuliers de l’Autriche avec ces états. Il faut extirper des choses les périls qu’elles contiennent. Le premier de ces périls, l’occupation des États-Romains, va disparaître : M. Disraeli l’annonce aux applaudissemens prolongés de la chambre des communes ; le second peut être conjuré, si l’Angleterre, qui n’a dans ces questions qu’à donner des conseils amicaux et désintéressés aux deux parties, sait user avec vigilance du bénéfice de sa position impartiale, laquelle lui permet de défendre le grand intérêt européen de la paix sans abdiquer ses sympathies libérales pour le sort des populations italiennes. Cette position, le gouvernement anglais l’a comprise, et il en remplit les devoirs avec confiance en envoyant à Vienne lord Cowley : il le déclare par l’organe de M. Disraeli. Lord John Russell, après avoir félicité la chambre des nouvelles annoncées et des déclarations faites par le ministre, couronne ce grand entretien politique par une exhortation honnête et sen-