Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 20.djvu/504

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les rudes campagnes de l’Algérie. Ce sont là sans doute des élémens magnifiques, mais l’état de civilisation où nous sommes n’admet point comme une considération décisive et prépondérante dans le débat des intérêts qui divisent les peuples la raison du plus fort et du plus brave. A cette énumération de nos forces, on ajoute, il est vrai, quelques idées générales et des réminiscences historiques ; on parle des traités de 1815, on dit que c’est pour ne les avoir point biffés par des victoires que les gouvernemens précédons sont tombés. Mauvais rapprochemens : si l’on y regardait de plus près, on verrait au contraire que la chute des gouvernemens a été depuis soixante ans amenée en France par le soin excessif que chacun a mis à éviter les fautes qui avaient perdu ses devanciers. Et quant aux traités de 1815, quelle leçon plus terrible pourrions-nous invoquer contre les conséquences des guerres arbitraires et inutiles ? Les raisons purement militaires données en faveur de la guerre ne supporteraient pas l’examen aujourd’hui, s’il était permis de balancer dans une discussion théorique et abstraite les avantages mutuels de la guerre et de la paix. Quarante années de liberté, de travail et de progrès économiques ont, grâce à Dieu, radicalement détruit les vieux et rétrogrades préjugés dont s’inspiraient les politiques belliqueuses du passé. L’on sait maintenant que la véritable force d’un peuple ne réside point dans quelques kilomètres violemment et passagèrement ajoutés ou enlevés à la bordure de son territoire ; l’on sait que la puissance et la sécurité de l’agglomération française ne dépendent point d’une montagne ou d’un fleuve ; l’on sait qu’un chemin de fer ajouté à nos voies de communication, que des mines ouvertes, des usines élevées sont des acquisitions bien plus fécondes et bien plus solides que la conquête d’une province ; l’on sait enfin que si la France est jalouse d’exercer son influence sur le monde, la véritable influence, celle qui est fondée sur la sympathie, elle l’obtiendra toujours par sa prééminence intellectuelle, par la pacifique contagion de ses idées libérales, par le rayonnement de la philosophie, de la littérature et des arts, — rarement par la guerre, qui a excité contre elle tant d’animosités nationales, et qui lui a fait payer ses faveurs par de si cruelles représailles. A la question de paix ou de guerre posée théoriquement et abandonnée à ses préférences instinctives, la France, qui aspire à l’amélioration du sort de ses classes souffrantes par le travail et à son émancipation politique par la liberté, la France moderne en un mot répondra toujours : la paix ! Elle croirait rétrograder, si elle voyait revenir l’ère de ces vieilles guerres du passé que commençait le caprice et que finissait le hasard.

En annonçant dans le Moniteur que la question italienne est entrée dans les voies diplomatiques, le gouvernement nous a montré une fois de plus qu’il n’entendait point se laisser aller sur cette fatale pente de la guerre arbitraire et systématique. Nous souhaitons qu’il puisse, par une résolution énergique, empêcher l’Italie de s’y précipiter. Nous ne devons pas en effet seconder seulement l’Italie dans ses efforts vers la liberté, nous devons la protéger aussi contre la témérité de ses entraînemens. C’est sur le Piémont qu’il faut amicalement veiller. L’engagement pris par M. de Buol dans sa dépêche au comte Appony, que le Piémont ne serait point attaqué par l’Autriche, est sans doute sérieux : c’est une parole donnée à l’Angleterre et,