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porte son nom (1847), l’avaient mis, comme écrivain politique, sur un pied formidable. En 1848, il était venu à Paris étudier de près cette révolution qui semblait en présager tant d’autres. Sa comédie, née parmi tant de travaux divers, s’en ressentit peut-être, et n’obtint qu’un succès médiocre. Quelques envieux, — ils n’avaient guère manqué à Jerrold depuis que sa fortune littéraire s’établissait sur des bases solides, — insinuèrent que l’influence du journaliste avait servi à faire accueillir sa pièce. En démenti formel et catégorique leur fut adressé par Jerrold dans l’Athenœum [1], et trois ans après il faisait encore jouer une pièce en trois actes, Saint Cupidon, ou les Chances de Dorothée, — St Cupid, or Dorothy’s Fortune, — qui eut le singulier bonheur d’être jouée pour la première fois à Windsor-Castle, devant la cour d’Angleterre. L’auteur, contrairement à ce qui devrait être d’usage et aux prescriptions du bon goût le plus vulgaire, ne reçut pas d’invitation pour la royale soirée dont son esprit faisait les frais, et ce ne fut là que le moindre des dégoûts dont il paraît avoir été abreuvé à cette occasion. Aussi, déplorant ses longues illusions, renonça-t-il dès lors à écrire pour la scène. La seule comédie qu’on ait depuis obtenue de lui, le Cœur d’Or, — Heart of Gold, était écrite avant ces dernières déconvenues. Elle l’avait été à la sollicitation de l’acteur-directeur Charles Kean, qui devait, avec sa femme, y remplir les deux principaux rôles; puis, violemment attaqué dans le Punch, Kean s’était cru délivré de son engagement. Propriétaire de la pièce, qu’il avait payée d’avance, il l’avait distribuée sans avoir égard aux protestations formelles de l’auteur, qui refusa d’en suivre les répétitions, et se vit ainsi traduit malgré lui devant le public. Rien de tout ceci ne fut pris en considération, et la comédie, mal jouée, n’eut aucun succès. Ainsi finit, — assez mal, comme on voit, — la longue carrière dramatique de Douglas Jerrold [2].

Comme publiciste et comme conteur, il réussissait mieux. Le Punch, dont l’enfance avait été débile, mais qui refleurit plus tard entre les mains de publishers intelligens, lui a dû des séries fort remarquées : celle qu’on nomme, de l’initiale qui les faisait reconnaître, les Q’s Papers (1841-1842), les Jenkins Papers, où l’idolâtrie patricienne du Morning Post était impitoyablement flagellée, les Lettres de Punch à son fils, Notre Lune de Miel, mais surtout et avant tout les fameux Sermons sur l’Oreiller, de l’excellente mistress Caudle. Ceux-ci, comme les chapitres dont peu à peu se forma le Livre des Snobs, échappés du petit journal satirique, ont

  1. Lettre datée du 4 juillet 1850, biographie, pages 174-175.
  2. Son fils annonce pourtant qu’il a laissé une pièce en cinq actes (the Spendthrift), dont le principal rôle était destiné à Macready. Il n’est guère douteux qu’elle ne soit tôt ou tard mise à la scène.