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Le combat se poursuivit pendant l’espace d’une heure dans le village et aux alentours, l’avantage restant aux Piémontais, qui perdirent une centaine d’hommes, et firent autant de prisonniers.

Pendant que ces combats secondaires avaient lieu sur l’extrême droite des Autrichiens, la division Cialdini marchait à l’attaque de Palestro. Le 7e bataillon des bersaglieri et un bataillon du 9e régiment ouvraient le feu vers neuf heures du matin, et, se jetant sans hésiter dans le Cavo-Scotti-Camara, qui coule en bas du talus, s’élancèrent courageusement à l’attaque en tâchant de grimper sur les hauteurs, un peu sur la droite, tandis que le reste de la brigade se déployait de front ; mais, arrivés aux avenues du village, ils les trouvèrent barricadées et garnies de palissades, qu’ils ne réussirent pas à enlever, tant à cause de leur solidité qu’à cause de la supériorité numérique de leurs adversaires. Forcés de se retirer, ces deux bataillons se reformèrent en bas, et, revenant à l’attaque, ils ne réussirent pas encore à pénétrer dans le village, mais se maintinrent aux abords, et donnèrent ainsi le temps au 16e régiment d’infanterie de les appuyer. Ce régiment, qui en 1848 avait beaucoup souffert au combat de Santa-Lucia, près de Vérone, ne manqua pas l’occasion de prendre une revanche. Sans s’arrêter aux obstacles naturels, sans hésiter un instant sous le feu meurtrier de l’ennemi, il marcha droit sur le village, et, fondant ensuite à la baïonnette sur les Autrichiens, il les chargea avec tant de vigueur, qu’il leur enleva deux pièces d’artillerie. Alors commença la seconde lutte dans l’intérieur du village. Le régiment archiduc Sigismond, qui, comme nous l’avons dit, était en marche pour relever celui de Wimpffen, ayant entendu le feu, était arrivé à temps pour prendre sa part de ce second combat. Les Autrichiens étaient, par suite de ce renfort, au nombre de huit mille au moins. Les Sardes, en nombre à peu près égal, leur enlevèrent une à une toutes leurs positions, et vers cinq heures du soir, après une lutte commencée le matin à dix heures, ils eurent la satisfaction de les voir en pleine retraite sur Robbio.

Pendant la journée du 30 et pendant la nuit du 30 au 31, le général Giulay avait pu se convaincre enfin que le mouvement de l’armée alliée sur son extrême droite n’était pas une attaque simulée, mais bien un mouvement général de toute l’armée franco-sarde. Il comprit sans doute alors, quoique un peu tard, que le mouvement de l’armée sarde servait peut-être à cacher un second mouvement de toute l’armée française, et c’est en effet ce qui arrivait. Tandis que les quatre divisions sardes attaquaient l’extrême droite autrichienne en avant de Vercelli, la garde, les 2e, 3e et 4e corps de l’armée française défilaient derrière elles, et par la route de Borgo-Vercelli s’avançaient sur Novare. Il y aurait de l’injustice à méconnaître le mérite des dispositions que prit alors le général Giulay. Lisant enfin dans la manœuvre de l’armée française, il en comprit aussitôt le côté faible, et agit en conséquence. Il tenta dans la journée du 31 de reprendre Palestro. Seulement il n’employa pas dans cette opération des forces assez considérables pour contraindre l’armée française à s’engager, ou du moins il n’obtint pas de ses troupes l’énergie qui eût été nécessaire. Les soldats autrichiens se sont sans doute battus dans ces diverses rencontres avec beaucoup de fermeté ; lis n’ont cédé en général qu’au moment d’être abordés à la baïonnette. Ce qui leur