Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/398

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


protestantisme, et firent, avec Montgommery, cette campagne du Béarn qui fut peut-être cause de la Saint-Barthélémy. Montluc prit et brûla le château. Après le triomphe du roi de Navarre, Bernard de Mombalère, envers lequel Henri IV ne se montra pas ingrat (le fait est à noter), reconstruisit le château et joua un grand rôle dans le pays ; mais depuis cette époque la famille de Mombalère ne fit que décliner. La fatalité voulut qu’à chaque génération il y eût un joueur qui mît la baronnie à deux doigts de sa ruine. Lorsque la révolution éclata, les immenses biens de cette famille étaient tellement grevés d’hypothèques, que la nation dédaigna de s’en emparer. À cette époque, le château, qui pendant plus d’un siècle avait été abandonné par ses maîtres, tombait en ruine. L’avant-dernier baron vint y mourir, traqué par ses créanciers, et ceux-ci, qui n’étaient plus retenus par les substitutions, eussent à sa mort achevé de morceler cet immense domaine, si un héritage inattendu n’eût permis au baron actuel d’en sauver quelques débris.

Lorsque j’arrivai dans le pays, le château était occupé par une vieille sœur du baron, d’humeur bizarre et revêche, qui ne sortait de son antre que cinq ou six fois par an, aux grandes fêtes de l’église. Elle étalait alors des toilettes ridicules, tant elles étaient à la fois somptueuses et surannées. Le tiers-état des environs se moquait tant et plus et de ces toilettes et de la morgue aristocratique de celle qui les portait ; mais les paysans l’aimaient parce que, malgré son caractère hautain et inquiet, elle était réellement bienfaisante, et ils la respectaient, parce qu’elle appartenait à la plus ancienne famille du pays.

J’avais eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois son frère, mais je ne la connaissais pas. Je craignais de me faire présenter à elle, tant elle était peu abordable. Un matin, il y a environ cinq ans, un messager couvert de boue vint m’annoncer que la demoiselle de Mombalère était morte, et que j’étais prié d’aller à son enterrement, qui aurait lieu le jour même. Ma liaison avec le baron ne me permettait pas de m’abstenir d’assister à cette triste cérémonie. Je partis immédiatement, et je rencontrai bientôt sur la route un grand nombre de personnes de tout sexe et de tout âge qui se rendaient au château. La plupart étaient à cheval, et les femmes portaient, proprement pliée sur le devant de la selle, la capule noire dont elles comptaient s’envelopper pour suivre le corps. Cette foule n’était ni attristée, ni silencieuse, et chemin faisant je recueillis un renseignement qui me donna la raison de l’affluence qui se dirigeait vers Mombalère.

On était en hiver ; le chemin était étroit et boueux. Un garçon meunier, qui venait en sens contraire de celui que nous suivions,