Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/500

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germanique ; mais il mettait à ces concessions une condition sine qua non, le retour des archiducs dans leurs états. » Quelles étaient les considérations qui engageaient l’empereur d’Autriche à poser cette condition du retour des archiducs, sans laquelle il refusait d’associer la Vénétie à la confédération italienne ? Le Moniteur naturellement ne prend point sur lui de les pénétrer ; il expose celles qui auraient inspiré l’empereur Napoléon, et il indique aussi dans quelle mesure l’empereur, à Villafranca, a consenti à la restauration des archiducs. L’empereur a voulu obtenir des concessions favorables au gouvernement intérieur de la Vénétie ; il a voulu amener l’Autriche à reconnaître le principe de la nationalité italienne, et il a donné son adhésion au retour des archiducs. Ces intentions sont certainement irréprochables. Les explications du Moniteur font également connaître dans quelle mesure l’adhésion de l’empereur a été donnée. La France promettait seulement un concours moral. Il était entendu en effet que les archiducs ne seraient pas ramenés par des troupes étrangères, qu’ils ne rentreraient qu’en donnant à leurs sujets « des garanties sérieuses, » et rappelés par « la libre volonté des populations. » L’on n’exercerait sur ces populations qu’une influence morale ; « on leur ferait comprendre combien ce retour était dans les intérêts de la grande patrie italienne. »

Ainsi, d’après le Moniteur, c’est dans l’intérêt de la grande patrie italienne que l’empereur a donné son adhésion à la rentrée des archiducs, et c’est là, nous le répétons, une intention dont la générosité est incontestable. Il n’y a rien à redire non plus à la nature du concours promis par l’empereur, puisque ce concours excluait l’usage de toute coercition matérielle, ne devait employer que la force morale de la persuasion, et s’assignait pour limite pratique « la libre volonté des populations intéressées. » Certes nous n’avions pas besoin de ces explications du Moniteur pour être convaincus que la disposition du traité de Villafranca dont nous étudions le sens ne pouvait, en aucun cas, engager la France au-delà d’un simple concours moral prêté à l’accomplissement de la condition sine qua non de l’empereur d’Autriche. La France ne pouvait, dans un traité, s’être arrogé le droit de disposer impérieusement du sort des duchés. La cause principale de la dernière guerre, l’usurpation diplomatique, que l’on reprochait le plus amèrement à l’Autriche, l’abus que l’on avait voulu extirper, et dont l’amendement faisait partie et de l’objet de la mission de lord Cowley à Vienne et des quatre points que le congrès projeté avant la guerre devait résoudre, c’était justement ces traités particuliers qui permettaient à l’Autriche d’exercer une action décisive sur la constitution intérieure des duchés. Grâce à ces traités, l’Autriche pouvait imposer par la force aux populations des gouvernemens qu’elles détestaient. La France se serait donné un démenti trop choquant, elle serait tombée dans un piège trop grossier, si, dans un traité conclu avec l’Autriche, elle se fût attribué à elle-même un pouvoir semblable sur la Toscane et sur Modène. Ce n’est pas tout. La révolution toscane était accomplie avant la guerre. Tandis que la dynastie grand-ducale, quittant volontairement Florence, allait se ranger du côté de l’Autriche, le peuple toscan, représenté par son gouvernement provisoire, par les dix mille volontaires qu’il avait envoyés sous les drapeaux du roi Victor-Emmanuel, et par ses troupes