Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/501

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régulières, réunies au 5e corps de l’armée française, cimentait son alliance avec la France. Non-seulement la France avait admis la révolution accomplie en Toscane, mais elle avait reconnu et employé dans cette révolution un allié. Il est contraire non-seulement à l’équité naturelle, mais aux principes les plus élémentaires du droit des gens, de décider par un traité du sort d’un allié sans sa participation et son consentement. Ainsi, en adhérant à Villafranca à la rentrée du grand-duc, son ennemi en Toscane, la France subordonnait implicitement et nécessairement son adhésion à la volonté de ses alliés les Toscans. La seule chose qui puisse paraître étrange dans cette transaction, c’est le caractère d’un engagement bilatéral où l’une des parties pose une condition absolue et sine qua non, et où l’autre partie n’accepte et ne peut accepter qu’une obligation éventuelle, conditionnelle, subordonnée au consentement d’un tiers. Nous supposons que des cas semblables ne doivent pas s’être présentés souvent dans l’histoire diplomatique.

Telle est au point de vue strictement légal la portée de l’engagement contracté par la France. Nous pouvons maintenant aborder l’examen d’une question plus intéressante. — Quelle est la portée politique de la combinaison pour le succès de laquelle cet engagement a été contracté ? Suivant le Moniteur, il ne peut y avoir de combinaison plus avantageuse pour l’Italie. Non-seulement ce journal croit que ces conditions étaient « conformes au programme que l’empereur s’était imposé, » il va plus loin encore. « Pour tout esprit impartial, il est, dit-il, évident que l’empereur obtenait par le traité autant et plus peut-être qu’il n’avait conquis par les armes. » En effet, « si le traité était sincèrement exécuté, l’Autriche n’était plus pour la péninsule cette puissance ennemie et redoutable contrariant toutes les aspirations nationales. » Que la restauration des archiducs fût acceptée par les populations de l’Italie centrale, et la Vénétie recevait une vie propre, elle avait une administration et une armée italiennes ; en un mot, l’empereur d’Autriche n’était plus « de ce côté des Alpes que le grand-duc de la Vénétie, comme le roi des Pays-Bas n’est pour l’Allemagne que le grand-duc de Luxembourg. » Ce n’est pas tout. « Il est possible que, par suite de négociations franches et amicales, on eût amené l’empereur d’Autriche à adopter des combinaisons plus en rapport avec les vœux manifestés par les duchés de Modène et de Parme. » Quoi de plus ? C’est l’Autriche qui se fût chargée de « développer elle-même la nationalité italienne depuis les Alpes jusqu’à l’Adriatique. »

L’on a généralement trouvé que le Moniteur s’était laissé emporter un peu loin par son enthousiasme. Il a oublié la franchise triste, mais courageuse, avec laquelle l’empereur disait aux grands corps de l’état à son retour d’Italie : « Croyez-vous qu’il ne m’en ait pas coûté de retrancher ouvertement devant l’Europe de mon programme le territoire qui s’étend du Mincio à l’Adriatique ? » À coup sûr, lorsque le 3 mai l’empereur disait dans son manifeste de guerre : « L’Autriche a amené les choses à cette extrémité, qu’il faut qu’elle domine jusqu’aux Alpes, ou que l’Italie soit libre jusqu’à l’Adriatique, car, dans ce pays, tout coin de terre demeuré indépendant est un danger pour son pouvoir, » il devait être loin de prévoir que dans quelques mois le Moniteur, paraphrasant ces mots célèbres, donnerait à