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l’Essai sur l’Entendement humain qui soit encore dans les mains du public. Retouchée plus d’une fois, elle a eu dix éditions depuis la première en 1700. C’est surtout par elle que Locke est connu. Coste, malgré les dissidences que l’on sait, fut plus tard employé à l’éducation du fils de lord Shaftesbury le philosophe, et il l’accompagna dans un voyage en France. Il finit par s’y fixer, et mourut à Paris le 24 janvier 1747.

Une autre amitié qui n’a pas laissé de donner à penser à quelques critiques est celle que Locke porta à un jeune homme connu plus tard par des ouvrages qu’il n’eût sans doute pas avoués, Anthony Collins, né en 1676, n’avait encore rien publié lorsqu’il s’attacha à lui. Il pouvait avoir les qualités morales, et il avait certainement les qualités intellectuelles qui intéressent naturellement un vieux philosophe, et quelques dissidences, peut-être même encore peu prononcées, ne devaient pas empêcher Locke, toujours libre d’esprit et bienveillant, de lui témoigner une affection confiante dont les preuves subsistent encore. On lit dans sa correspondance que, s’il avait dû recommencer sa vie, il aurait souhaité pour compagnon un ami tel que Collins, trouvant, dit-il, en lui l’amour de la vérité pour elle-même, la meilleure garantie de la perfection humaine en ce monde (1703). Il devait aussi lui reconnaître un mérite qui séduit toujours, le mérite de le bien comprendre, et peu de mois avant sa mort, dans une lettre destinée à n’être lue qu’après lui, il lui confia un jeune homme à qui il s’intéressait et ce qu’il voulait lui laisser, en écrivant ces propres mots : « Je sais que vous m’aimiez vivant, et que vous conserverez ma mémoire maintenant que je suis mort. »

Au commencement du XVIIIe siècle, Locke sentit ses infirmités s’accroître, au point de renoncer presque complètement au séjour de Londres. Il y avait déjà deux ans que, forcé d’y borner sa résidence à trois ou quatre mois par an, il avait voulu donner sa démission du conseil des colonies. Nous avons la lettre par laquelle lord Somers lui refuse de se charger de la faire agréer au roi, qui, au lieu de l’accepter, lui offrit une place plus active ; il semblerait que ce fût une mission diplomatique. Locke n’eut pas même assez de voix pour aller dire au roi qu’à Londres il perdait la parole, et manqua son audience à Kensington pour s’enfuir à la campagne, où il respirait mieux. En 1700, il parvint, en résistant encore aux instances du roi lui-même, à se démettre d’un emploi qu’il ne pouvait plus remplir, et qui paraît n’avoir été créé que pour rester une sinécure, car Addison, Prior et Gibbon furent parmi les successeurs de Locke, et la place a été supprimée en 1771 par la réforme de Burke.