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LES
BACHI-BOZOUKS
SOUVENIRS DE LA GUERRE D’ORIENT.



I.

Un grand pays a-t-il besoin d’une cavalerie irrégulière? Et ce besoin étant reconnu, comment créer, comment employer cette force nouvelle? Essais d’organisation, de mise en pratique, avantages et inconvéniens des divers modes d’emploi de la cavalerie irrégulière, ce sont là des problèmes dont l’armée française, au lendemain de la guerre d’Italie, a pu apprécier toute l’importance. Les souvenirs que je voudrais grouper ici apporteront peut-être quelques informations utiles dans un débat qui n’a rien perdu encore de son opportunité. J’ai suivi, depuis les tâtonnemens du début jusqu’à la plus affligeante conclusion, une expérience tentée pour utiliser, comme force auxiliaire à côté de nos troupes, un des corps les plus indisciplinés de l’Orient. C’est à titre de témoin et d’acteur que j’essaie de raconter une page tristement significative de la guerre de Crimée; mais avant de conduire le lecteur dans le camp des bachi-bozouks, je dois dire quelques mots des autres corps de cavalerie irrégulière, auxquels on s’est trop hâté de les comparer.

Dans les deux guerres récentes qui ont ému l’Europe, l’emploi de la cavalerie a été si restreint, comparé à celui de l’infanterie, que les vieux cavaliers ont du s’émouvoir et s’écrier : « La cavalerie s’en va! » Les observations d’un officier de cette arme qui a servi trente-trois ans son pays ne pourraient-elles combattre un pareil