Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/829

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encore. Les enfans le caressent, essaient de jouer avec lui; Labri hurle toujours, comme on dit que les chiens hurlent quand ils sentent la mort. Tout à coup, par la grande route, arrive au galop une troupe de cavaliers ; quel bruit ! que de visages sinistres ! que d’épées hors des fourreaux! Alors le chien, qui hurlait immobile, se mit à courir, hurlant toujours, dans toutes les rues de Bethléem. Après cette introduction si poétiquement effrayante, le lecteur est préparé à la seconde partie de la trilogie, intitulée le Massacre.


« Fermez à clé, barricadez les portes, car les brigands qui vaguent de toutes parts, vous ne savez pas, mères, où ils vont? Cachez, ôtez de leurs yeux et les berceaux et les enfans. Pour les chercher, la bande rôde. Ce sont les bourreaux envoyés par notre roi Hérode. Ni larmes ni cris ne les feront reculer.

« Cachez les enfans de lait, ils vont les égorger.

« O mères ! dans les rues, pour fuir ne soyez pas lentes, élancez-vous, ne reprenez pas haleine, courez, courez dans Bethléem ; sur votre cœur tremblant, serrez votre enfant qui sommeille ; étouffez avec la main ses cris, s’il se lamente éploré. N’entendez-vous pas hurler :

« Où sont les enfans de lait? nous voulons les égorger.

« — Brisons les portes barrées! un peu d’aide, camarade! Sur la porte de cette maison jouons, jouons de la hache! — Il n’y a personne! dit sur le seuil une femme toute pâle; mais la horde déjà montait dans la maison : — Dans les chambres d’en haut, nous avons entendu crier!

« Nous le voulons, ton enfant de lait, nous le voulons pour l’égorger!

« Oh ! quels coups ! quelle lutte ! ils ne sont pas assez forts : la mère est agile, elle a pris l’enfant ; mais le bourreau, saisissant la mère par les cheveux, frappe l’innocent qui à la mamelle tirait encore une gorgée. Dieu ! que son épée était tranchante ! Coupé en deux, l’enfant roule à terre.

« Où y a-t-il encore des enfans de lait, que nous allions les égorger ?

« Horreur! le croira-t-on? Hérode vint voir, à la nuit, si l’on avait massacré comme il faut! De temps en temps son pied se heurtait sur le sol aux jambes d’un enfant mort. Il disait en marchant : — Qu’il est doux de n’entendre ce soir personne souffler, personne parler !

« Où sont les enfans de lait ? on les a tous égorgés !

« O roi! à cette heure tu es maître. Que te fait Bethléem qui pleure? que t’importe d’être couvert de sang? Dis à tes bourreaux : grand merci. Dans ton palais, à loisir va reposer sur l’hermine. Un jour, qui n’est pas bien loin, de ton siège si haut nous te verrons descendre, mangé par les vers.

« Ils ne sont pas tous égorgés, Hérode, les enfans de lait! »


A ces peintures épouvantables, une imagination moins sombre aurait opposé l’image de Jésus sauvé, elle nous eût montré le divin enfant sur la route de l’Egypte, ou plus tard dans l’atelier de Joseph, ou bien encore dans le temple, grandissant en silence et se préparant à sa tâche; M. Aubanel a mieux aimé compléter son ta-