Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/856

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sorte de dieu dont toute la destinée découlait de sa seule activité propre, en revendiquant pour lui l’honneur d’avoir créé pour ainsi dire la création et le Créateur, ou en tout cas d’être l’incarnation du moi universel et absolu dont l’univers n’était que la pensée, le rationalisme s’était livré pieds et poings liés aux attaques des sentimens irrésistibles qu’il heurtait de front. Aussi tout ce qui s’en était glissé dans la théologie n’a-t-il servi qu’à réveiller l’instinct religieux au sein du protestantisme. Je parle seulement ici du mouvement qui s’est produit dans les doctrines : ce fut de 1820 à 1830 qu’il prit naissance en Allemagne. Préparé par Schleiermacher, il acheva de se caractériser sous l’influence de Neander, Tholuck, Dörner, Hengstenberg, Ullman, etc., et c’était bien là un progrès réel, en ce sens que toute la pensée religieuse des premiers réformateurs était rentrée dans le dogme, et que d’un autre côté la théologie nouvelle, — c’est le nom qu’on lui donne, — savait mieux que le protestantisme primitif reporter à Dieu toute gloire sans enlever à l’homme toute responsabilité. Du même coup, elle s’était purgée du rationalisme en tant qu’il commet l’erreur de méconnaître que la souveraineté n’appartient pas à l’homme, et elle s’était mise à l’abri de ses objections en tant qu’il soutient légitimement ce que la conscience et la raison attestent.

« la théologie nouvelle, disait le professeur Dörner dans une communication adressée à l’Alliance évangélique, a laissé derrière elle à la fois le vieux supranaturalisme et le vieux rationalisme. Elle ne veut pas faire de l’esprit humain la source de la vérité : elle sait que la créature empreinte de péché n’est pas la vérité et n’a pas en elle-même la vérité; mais elle sait aussi que la créature formée à l’image de Dieu demande la vérité et ne peut vivre sans elle. Cette aspiration intellectuelle implantée de Dieu, et qu’il ne renie pas, rend l’âme capable de reconnaître ce dont elle a besoin : c’est l’attraction du Père qui amène au Fils. » En d’autres termes, toute vérité est une révélation de Dieu, toute sainteté est un résultat de la grâce; mais si la raison est incapable de concevoir la vérité, elle est capable de l’embrasser; si la grâce seule peut transformer l’homme, elle doit être acceptée par sa volonté, et c’est seulement par la foi personnelle, par le libre acquiescement à la vérité et la libre acceptation de la grâce que s’accomplit en nous le salut.

Je ne tenterai pas de définir plus complètement la théologie nouvelle; d’ailleurs il est à peine possible de la renfermer dans une formule unique, car elle n’est point une confession de foi arrêtée, elle est plutôt une tendance qui se produit sous des formes variables chez les divers individus. Ce qu’elle a d’essentiel, nous pouvons nous en faire une idée d’après deux ouvrages récens, dont