Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/879

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malhonnête qui fait de l’église un mensonge, et qui ne peut plus contribuer à élever les individus et les peuples au sentiment de la responsabilité morale. Pour que la congrégation puisse devenir ce qu’elle doit être, pour qu’elle soit effectivement un bataillon sacré de croyans unanimes dans leur foi, sincèrement confédérés en vue de la mettre en pratique, chacun de son côté et tous par leurs efforts conjoints, il faut d’abord que l’association ne se recrute que par des adhésions volontaires; il faut ensuite qu’à chaque instant la volonté de tous ses membres détermine seule la foi et la règle qu’ils sont tenus d’accepter sous peine de renoncer à l’association.

En conséquence, plus d’église d’état et plus de loi civile qui enjoigne le baptême ou l’acceptation d’un formulaire quelconque, plus d’autorité sacerdotale qui accapare le privilège de dicter aux laïques une loi religieuse qu’ils n’ont pas votée eux-mêmes d’après leurs convictions, plus de hiérarchie générale qui, pour plier toutes les congrégations à l’uniformité, enlève à chacune d’elles la liberté de sa propre conscience. Ce n’est pas à dire pourtant que dans ses plans M. Bunsen soit aussi entier qu’on pourrait le supposer souvent d’après ses paroles. En réalité, il n’abandonne pas l’individu à lui seul, puisqu’il pose en principe que c’est la congrégation ou, comme il dit, la conscience collective qui est l’interprète de l’Esprit saint. D’ailleurs il conserve un épiscopat mitigé : il propose que les paroisses forment des groupes ou petites églises, ayant chacune un président nommé plus ou moins directement par l’ensemble des fidèles et chargé d’administrer en chef, sous la surveillance de l’assemblée générale., Mais quant à ces petites églises, elles sont entièrement laissées à la merci de la folie ou de la sagesse, de l’esprit de foi ou d’incrédulité qui pourra dominer chez la majorité de leurs membres, car même en matière de dogme la puissance législative ne doit appartenir qu’à la communauté. D’un autre côté, entre ces divers états souverains, M. Bunsen ne laisse subsister aucun lien obligatoire, aucune autorité qui offre une garantie contre les conflits, si les congrégations tendaient à entrer en conflit. La province ecclésiastique doit avoir pour unique base de libres conférences régularisées par des synodes où siégeront à la fois les évêques, les délégués du clergé et les représentans laïques des paroisses. La nation religieuse de même ne saurait être qu’une fédération entre les diverses communions chrétiennes, fédération entretenue par une même liturgie acceptée de tous, mais acceptée seulement avec faculté pour chacun d’omettre les passages relatifs à des questions controversées.

Et ce n’est encore là qu’une faible partie des résultats que M. Bunsen attend de la liberté chrétienne. Nul n’a jamais été plus pratique que lui : l’application du christianisme comme il la conçoit