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si vous avez l’âme accessible aux impressions poétiques, il vous aidera à comprendre pourquoi M. Hugo est un grand poète.

Zim-Zizimi me rappelle, par sa pompe orientale et ses éloquentes apostrophes, quelques-unes des belles inspirations de Shelley. Comme Shelley, M. Hugo, dans ce poème, s’est plu à exagérer la puissance du tyran, afin de faire planer au-dessus de lui avec plus de solennité la toute-puissante tyrannie de la mort. Tous les hommes sont les sujets du tyran, mais lui-même est le sujet de la mort, et pendant que des milliers d’esclaves sont prosternés à ses pieds, la mort, elle, a posé le pied sur sa tête. Toutes les richesses de la terre l’environnent, et son faste est sans égal sous le soleil; mais la mort, irritée de tant d’insolence, va l’emporter dans son royaume, dont l’indigence est la suprême loi et la nudité le costume obligé. Zim-Zizimi a conquis la moitié de la terre, et tous les rois qui occupent les trônes d’Orient sont ses sujets et ses proches. Si vous voulez savoir quels états composent son royaume, M. Hugo vous le dira dans une de ces énumérations merveilleuses dont il a le secret, où un vers lui suffit pour peindre un continent, et une épithète pour rendre un paysage visible aux yeux.

Il a dompté Bagdad, Trébizonde et Mossul,
Que conquit le premier Duilius, ce consul
Qui marchait précédé de flûtes tibicines;
Il a soumis Gophna, les forêts abyssines,
L’Arabie, où l’aurore a d’immenses rougeurs,
Et l’Hedjaz, où le soir les tremblans voyageurs,
De la nuit autour d’eux sentant rôder les bêtes,
Allument de grands feux, tiennent leurs armes prêtes,
Et se brûlent un doigt pour ne pas s’endormir;
Mascate et son iman, la Mecque et son émir,
Le Liban, le Caucase et l’Atlas font partie
De l’ombre de son trône, ainsi que la Scythie,
Et l’eau de Nagaïn et le sable d’Ophir,
Et le Sahara fauve, où l’oiseau vert Asfir
Vient becqueter la mouche aux pieds des dromadaires ;
Pareils à des vautours forcés de changer d’aires.
Devant lui, vingt sultans, reculant hérissés,
Se sont dans la fournaise africaine enfoncés;
Quand il étend son sceptre, il touche aux âpres zones
Où luit la nudité des fières amazones;
En Grèce, il fait lutter chrétiens contre chrétiens,
Les chiens contre les porcs, les porcs contre les chiens;
Tout le craint, et sa tête est de loin saluée
Par le lama debout dans la sainte nuée,
Et son nom fait pâlir parmi les Kassburdars
Le sophi devant qui flottent sept étendards...

Cependant Zim-Zizimi s’ennuie; Zim-Zizimi est un tyran splee-