Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 24.djvu/965

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’une à l’autre, sous les auspices d’une alliance solide, s’établiraient des services de navigation qui les relieraient en faisant escale dans les principaux ports du Maroc. Sur la Méditerranée, ils rencontreraient Tétuan, avec son active clientèle de quinze mille Israélites ; Ceuta, peuplée de trois à quatre mille habitans ; Tanger, qui en compte de onze à douze mille ; Larache, bâtie sur la rive gauche du Leuccos, dont l’embouchure forme un assez bon port, ainsi que Méhédia, au sud ; Rabat et Salé, dont nous avons dit les propriétés stratégiques, et qui sont des centres considérables de production et d’exportation, peuplés de soixante mille âmes ; Darbeida ou Casablanca, ville jadis florissante, aujourd’hui en déclin, quoique située dans un pays très fertile ; Mazagan, qui fait un assez grand commerce de laines avec la Sardaigne ; Sali, bon mouillage ; Mogador, entrepôt commercial de tout le sud ; enfin Agadir ou Santa-Cruz, aujourd’hui délaissée par ordre des empereurs, dont la faveur s’est portée sur Mogador, mais qui retrouverait son antique prospérité par l’échange des articles de commerce avec les produits de la province de Sous ; c’est là qu’avant la découverte de l’Amérique, l’Europe s’approvisionnait de sucre, cultivé et fabriqué autour de Taroudant. À l’Oued-Noun finit la puissance réelle des sultans, et l’on aurait à contracter des alliances nouvelles qui seraient recherchées comme une protection ; les commerçans fonderaient eux-mêmes un comptoir à l’embouchure de l’Oued-Draa, où les caravanes qui parcourent le désert viendraient porter leurs cargaisons, de préférence au port plus lointain de Mogador. De là les navires, traversant la zone d’abondantes pêcheries qui s’étend entre l’Afrique et les Canaries, se détourneraient vers ces îles fertiles qui reproduisent, au sein de l’Océan, la chaîne de l’Atlas, dont elles sont le prolongement. Ensuite le courant les porterait sur l’archipel du Cap Vert, d’où ils atteindraient soit les comptoirs à recréer, sur d’anciens exemples, à Arguin et Portendyk, soit nos établissemens de Saint-Louis du Sénégal et de Gorée. Pour protéger ces nouveaux périples d’Hannon, une station de marine militaire promènerait le pavillon français le long de ces parages.

Du côté des frontières de terre, des profits pareils s’offrent à la France ; mais ici, ou répugne à le dire, les barbares en fait d’institutions commerciales ne sont pas les Marocains. Pendant que tous nos produits s’écoulent librement chez nos voisins, tous les leurs après avoir été longtemps absolument prohibés, passent sous les fourches caudines de nos douanes. Nemours, Lalla Maghrnia, Sebdou, Tlemcen, sont dotés de bureaux où le tarif est le moindre des ennuis. Les formalités à remplir par des étrangers, ignorans de notre langue et de nos habitudes administratives, exigent des interprètes