Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/474

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les moins journaliers. Un éclair d’inspiration ne fait point jaillir un chef-d’œuvre sans qu’il soit annoncé et justifié en quelque sorte par l’œuvre de la veille. Je croirais plutôt que Phidias, dans les travaux de décoration publique, n’avait point osé s’écarter des traditions ; il pouvait compromettre ses débuts. Des colosses offraient d’ailleurs des difficultés trop sérieuses pour qu’il les accrût à plaisir. Mais quand il se sentit maître de l’opinion, quand il fut sûr de ses propres forces, il rompit avec le passé. La belle Lemnienne fut l’apparition de sa manière nouvelle. Il y avait mis toute sa science, et comme pour déclarer lui-même que ce serait là son chef-d’œuvre, il ne craignit pas d’y inscrire son nom, ce qu’il ne fit qu’une seule fois depuis, à Olympie. Lucien louait le galbe pur de la statue, ses joues suaves et son nez d’une admirable proportion.

Après la belle Lemnienne, les critiques anciens plaçaient l’Amazone. Elle s’appuyait sur sa lance. Lucien trouvait sa bouche et son cou particulièrement inimitables. Cette statue, selon Pline, disputa le prix dans un concours célèbre qui eut lieu à Éphèse, et où Polyclète l’emporta sur Phidias. Toutefois ce récit est accompagné de circonstances si peu vraisemblables qu’on est tenté de n’en rien croire. L’Amazone de Polyclète était peut-être préférée à l’Amazone de Phidias, voilà tout le fond de cette fable.

Il est impossible d’assigner un ordre chronologique aux autres œuvres que produisit Phidias pendant cette période de seize années : c’est à peine si nous en savons le nom et la matière ; les critiques se taisent sur tout le reste. Parmi les statues que possédait Athènes, je citerai d’abord l’Apollon Pamopius. Ce dieu avait promis de délivrer l’Attique des sauterelles (en grec parnopes) qui la dévoraient. Par reconnaissance, le peuple lui éleva une statue de bronze dans l’Acropole, à l’orient du Parthénon. Elle fut transportée plus tard à Constantinople, et se trouvait dans la partie septentrionale du Forum. Apollon tendait son arc, geste symbolique que l’art lui prêtait quand il combattait les monstres et conjurait les fléaux.

Dans le Céramique était le temple de Cybèle. Phidias avait représenté la mère des dieux assise, suivant la coutume ; elle tenait dans ses mains le cymbalum, et des lions supportaient son trône. On retrouve ce motif sur de petits bas-reliefs votifs d’Athènes ; malheureusement ils sont d’un travail grossier et d’une époque de décadence. Vénus céleste avait également un temple dans le Céramique. La statue, en marbre de Paros, était de Phidias. C’est à Athènes encore que devait se trouver la Minerve en bronze dont parle Pline, et qu’on appelait Cliduchus. Elle tenait des clés à la main, comme pour rappeler qu’elle était la seule maîtresse de sa ville bien-aimée.

Les villes étrangères n’attachaient pas moins de prix qu’Athènes