Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/925

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mettre à longueur. Après tant d’efforts, le tube obtenu manque de régularité, et il faut le chauffer pour le redresser et l’égaliser ; c’est alors que les forets interviennent pour donner au calibre une exactitude rigoureuse, plus nécessaire encore si l’arme doit être rayée. Puis reviennent les chaudes et les coups de marteau afin de tarauder la culasse, de braser le guidon, de souder la petite masse d’acier où l’on vissera plus tard le grain de lumière, et l’interminable série des polissages aux meules de toute sorte. Jusqu’à présent on a tenté sans succès d’appliquer à la fabrication des canons de fusil, dont l’épaisseur n’est pas uniforme, les procédés qui réussissent pour la préparation des fers creux. Est-ce une condamnation sans appel, et en tout cas ne pourrait-on prendre pour point de départ un tronçon de tôle inégalement épaisse, qui étampée aurait déjà presque la forme définitive ? Sans doute ces remarques n’auront pas échappé à l’attention des directeurs de nos établissemens, et entre leurs mains la fabrication des armes reprendra, espérons-le, le rang qu’elle doit tenir parmi les autres industries. Déjà ils ont introduit dans la fabrication des bois de fusil une amélioration importante, dont les ébénistes et les menuisiers pourront faire leur profit, qui trouverait peut-être à s’appliquer dans l’exploitation des forêts des pays tropicaux, où le mouvement de la sève, n’étant jamais arrêté, rend si difficile la conservation des bois abattus. Par la dessiccation à la vapeur, on est parvenu à réduire de trois ans à quelques mois le temps qui doit s’écouler entre la coupe des arbres et la mise en œuvre de leurs troncs, et la coupe elle-même peut être faite en toute saison ; mais après ce perfectionnement on retrouve dans tout le reste de la fabrication les procédés les plus vénérables par leur antiquité. Aucune des machines destinées à faire les bois de fusils et qui ont figuré si souvent dans les expositions n’a pu satisfaire jusqu’ici aux épreuves pratiques.

Les armes à feu, sous quelque rapport qu’on les considère, livrent donc un vaste champ à l’initiative humaine. Il reste à réaliser de très grandes améliorations quant aux effets qu’elles peuvent produire, à la rapidité de la manœuvre, au choix des métaux et aux détails mêmes de la fabrication. Depuis vingt années, on a fait plus que dans le siècle entier qui a précédé, et cependant les études sont encore bien loin d’être complètes. Il serait donc téméraire de vouloir préciser toutes les modifications qu’éprouvera le système de guerre aujourd’hui en usage, mais elles pourraient n’être pas si profondes que quelques personnes l’ont supposé. Déjà dans la campagne d’Italie nous avons assisté aux premiers essais de l’usage des armes à grande portée ; contre toute prévision, elles n’ont pas rendu la lutte plus meurtrière, elles n’ont pas empêché non plus les troupes de s’aborder corps à corps, chose toujours très rare, et qui est arrivée