Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/29

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Il se peut que les imaginations dégoûtées des froides émotions du bonheur public recherchent dans les hasards de plus acres jouissances. Il se peut, j’en doute, à vrai dire, que la société moderne se lasse des soucis et des joies de l’activité lucrative, et prenne en dégoût la prospérité opulente que lui font le commerce et l’industrie ; mais le seul réveil de cette passion de péril et d’aventure qui s’empare quelquefois des nations pourrait expliquer ces appels retentissans à l’esprit d’agrandissement et de conquête. Si l’on ne croit cette fibre déjà tendue, il serait puéril de chercher à la faire résonner. Si l’on n’est pas sûr d’exciter cette sorte de fébrile ambition, il serait imprudent, odieux même, d’offrir à la vanité nationale une tentante amorce. Il faut regarder en face les extrémités qui sont au terme de la route où l’on presse son pays d’entrer, et ne pas cacher à nos enfans que c’est la voie sanglante encore jonchée des ossemens de leurs aïeux.

Ce n’est pas là ce que laisse ignorer l’auteur d’une brochure intitulée : L’Angleterre, la France et la Guerre. Il semble n’avoir d’autre but que de dénoncer à son pays l’hostilité injurieuse dont il accuse envers nous la Grande-Bretagne. Il n’a pas écrit un mot qu’on ne crût calculé pour ranimer entre elle et nous les ressentimens et les jalousies qui pourraient à jamais envenimer nos rapports, et sans alléguer, sans insinuer un motif ou un prétexte, on dirait qu’il court au-devant d’une guerre à laquelle cependant il ne laisse apercevoir d’autre but que de nous venger de Quiberon et de Waterloo. Le temps est loin où le représentant le plus auguste de la légitimité remerciait l’Angleterre après la Providence de l’avoir replacé sur le trône. Une aversion systématique pour ce pays est devenue un des caractères des anciens amis de la restauration. À ces traditions de famille, M. le comte Du Hamel unit ses sentimens personnels, et la sincérité de son patriotisme, qui assurément ne peut, quand on le lit, être mise un moment en doute, le porte à confondre dans une même rancune les griefs de l’ancien royalisme et ceux du premier empire. Aussi n’espérez pas que la vue des institutions de l’Angleterre le désarme. En général, ce que les ennemis de l’Angleterre lui pardonnent le moins, c’est d’être libre ; mais de quelque sentiment qu’ils s’inspirent, ces conseils belliqueux semblent ne supposer aux rapports des peuples entre eux d’autres règles que les passions. Ils supprimeraient toute politique, car la passion est le contraire de la politique. Ils condamneraient toutes les relations internationales à une suite éternelle de représailles. Et cependant, croyons-le bien, la revanche de Waterloo, c’est l’émulation, c’est la rivalité des deux peuples qui se combattaient alors, transformée en une lutte de prospérité, de puissance, de grandeur, et, s’il se