Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/28

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ce prix. Ceux donc qui écrivent qu’il les faut reprendre ont une pensée qu’ils n’écrivent pas : l’empire, c’est la guerre.

Faut-il maintenant discuter l’espérance hypothétique d’une transformation de l’Europe telle que, même sur notre frontière de l’est, l’œuvre des traités de Vienne pût être modifiée par de simples négociations, et les congrès de la paix ont-ils tellement gagné leur cause que des états voisins consentent d’un commun accord à s’affaiblir tous pour en fortifier un seul et à mettre contre soi les chances de la guerre ? Nous autres écrivains, nous pouvons nous supposer de telles bonnes fortunes ; mais des gouvernemens sensés n’en font point la base de leurs desseins. On dit que l’unité allemande au-delà du Rhin aurait cette vertu pacificatrice. Il n’y paraît pas jusqu’à présent, et le germanisme dans ses chansons et ses journaux a plus parlé d’avancer que de reculer ; la démocratie croit toujours avoir un pacte avec la victoire. Cependant on paraît compter sur la révolution en Allemagne. Alors il faut ou la vaincre ou la défendre, cette révolution, pour obtenir quelque chose de sa faiblesse ou de sa reconnaissance. Le but à atteindre serait donc séparé de nous par deux choses : une révolution et la guerre. — Mais, dira-t-on, n’exagérez pas, il n’est point question d’un remaniement total ; nous parlons de redressemens partiels, de modifications secondaires. — L’hypothèse est plus abordable, j’en conviens, l’avenir a des secrets qu’ignorent ceux-là mêmes qui croient nous les dire. Cependant de quoi s’agit-il ? Il est certaines stipulations du congrès de Vienne qui sont de véritables traités de barrière contre la France. C’est d’abolir ou de modifier ces traités qu’il s’agit. Consultons l’expérience. Le gouvernement du roi Louis-Philippe a mis à néant celui qui avait formé et armé contre nous le royaume des Pays-Bas, le dernier traité avec la Sardaigne en vient d’abolir un autre en nous rendant la Savoie ; mais, dans les deux cas, il a fallu du canon et des circonstances telles qu’elle missent le droit du côté de notre intérêt. Ces exemples confirment assez clairement ce que nous avons vu dans la doctrine des frontières naturelles, un appel éventuel à la guerre, et, ajoutons vite la condition obligée, des circonstances qui légitiment la force ou la menace. Or il n’y a guère qu’un dérangement notable dans la balance de l’Europe qui soit la circonstance propre à motiver une demande de compensations. Rien n’est donc plus évident que ceci : c’est que la politique que nous combattons comme politique absolue est liée à deux éventualités, un remaniement de la carte d’Europe et une guerre. Ceux qui la soutiennent répudient donc pour leur compte, s’ils sont sincères, le programme de la paix.

La paix a duré ; elle a éclairé et enrichi le monde, mais elle a eu ses ennuis et ses disgrâces. Quelle chose humaine est sans misères ?