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de la Norvège est-il si fort à dédaigner ? N’a-t-elle pas réservé largement son indépendance et sa dignité intérieures dans l’union avec la Suède ? Ne s’est-elle pas ouvert une large carrière de liberté ? Le Danemark, qui entrerait de plus haut que n’a fait la Norvège dans une telle alliance, n’en saurait-il pas tirer un profit égal et probablement supérieur encore ? Après ce que nous avons dit des résultats actuels du traité de Kiel et de la convention de Moss pour la Suède[1], n’est-il pas permis de se demander qui donc serait mieux servi après tout dans une combinaison pareille, de la Suède ou du Danemark ?

La presse allemande et même la presse danoise ont cru dans ces derniers temps à un refroidissement sensible entre les cabinets de Stockholm et de Copenhague. Nous n’en voulons rien croire, persuadé comme nous le sommes que Charles XV, suivant l’exemple de son père, ne reniera pas les devoirs où pourrait l’engager le scandinavisme, et que les états du Nord, si abaissés et si humiliés naguère encore, n’ont d’asile que dans le mouvement nouveau qui entraîne les peuples vers ces grandes et naturelles alliances que conseille la voix fraternelle des nationalités. « Oubliez vos anciennes haines et vos vieux préjugés, disait Napoléon au plénipotentiaire de Suède en 1810, alors qu’il était question de réunir les trois couronnes sur la tête du roi de Danemark et de Norvège ; unissez-vous, et tous vos malheurs seront réparés. » Ces paroles, où respirait, en planant au-dessus des circonstances et des nécessités du moment, le bon sens du génie politique, exprimaient l’intérêt permanent et durable des états du Nord, et doivent encore aujourd’hui être pour eux un oracle. Quant aux souverains de la Suède, en continuant à s’offrir contre les dangers communs, ils n’ont qu’à contribuer de toutes leurs forces à mériter la confiance, à faire naître les sympathies mutuelles, à favoriser dans le sens le plus libéral le rapprochement des institutions et des mœurs, afin que l’unité dynastique, s’il est bon qu’elle se réalise un jour, ne soit que le couronnement naturel de l’unité nationale, et que, loin de soupçonner leur ambition, les peuples n’aient qu’à bénir leur patriotisme.


Le règne effectif d’Oscar Ier a été court, puisque, monté sur le trône le 8 mars 1844, il était obligé dès le 25 septembre 1857 d’abandonner les affaires et de laisser la régence au prince Charles, son fils aîné. Il avait reçu déjà en 1852, par la mort de son second fils, le prince Gustave, qu’il chérissait, un coup terrible dont il ne s’était jamais relevé entièrement. La guerre d’Orient était venue ensuite tendre à l’excès toutes les forces de son esprit par l’inquiétude

  1. Dans la première partie de cette étude ; voyez la Revue du 1er juillet.