Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/52

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Dove a réuni dans de magnifiques cartes publiées sous les auspices de l’Académie des sciences de Berlin les résultats des observations faites dans mille stations environ du globe. Sur ces cartes, les points qui jouissent de la même température moyenne sont réunis entre eux par des lignes qui donnent ainsi aux yeux une représentation graphique de la distribution de la chaleur sur le globe.

On connaît assez bien aujourd’hui tout ce qui se rapporte aux températures moyennes de l’année dans beaucoup de régions terrestres, ainsi qu’aux variations périodiques de la chaleur dans les différentes saisons ; mais on est encore bien loin d’avoir approfondi ce qui touche aux variations irrégulières des phénomènes météorologiques. Il est incontestable pourtant que les climats subissent parfois une sorte de dérangement plus ou moins prolongé, et que les températures s’écartent d’une manière anomale des moyennes ordinaires que l’observation d’un très grand nombre d’années avait fait reconnaître. Ces déviations peuvent embrasser des saisons, sinon des années entières, et se font quelquefois remarquer sur des parties fort étendues de la terre. On a estimé que, pour élucider cette difficile question des perturbations irrégulières du temps, il est nécessaire de prendre des moyennes de température qui embrassent une période moindre qu’un mois, et dans la plupart des observatoires météorologiques on s’assujettit à enregistrer des moyennes qui comprennent cinq jours consécutifs. On arrivera sans doute un jour à de curieux résultats en comparant l’intensité des variations non périodiques dans les diverses parties de la terre ; on reconnaîtra sur la planète des régions à climats plus ou moins stables, et l’on sera peut-être conduit à trouver l’origine de ces perturbations.

Les variations irrégulières du climat présentent un intérêt des plus vifs, parce qu’elles s’accompagnent d’ordinaire de toute une série de phénomènes météorologiques exceptionnels. Sous ce rapport, nous ne pouvons mieux faire que de jeter les yeux sur l’année qui vient de s’écouler, et qui mérite assurément une mention spéciale dans les fastes météorologiques. L’hiver de 1858 à 1859 fut, on peut s’en souvenir, peu rigoureux ; l’été qui le suivit se montra très chaud, et même exceptionnellement sec ; c’est à cette dernière circonstance sans doute qu’il faut attribuer l’apparition inattendue, dans la nuit du 28 au 29 août, d’une aurore boréale dont la splendeur fut admirée, non-seulement à Paris et dans tout le nord de l’Europe, mais jusqu’à Rome, où une semblable apparition est un phénomène très rare. L’aurore fut aperçue aussi à San-Francisco en Californie, au Canada, dans les États-Unis jusqu’à la latitude de Saint-Louis ; dans la partie nord du continent américain, où les aurores boréales sont assez fréquentes, on n’en avait pas vu d’aussi belle depuis vingt ans. L’intensité des forces qui donnent naissance à