Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/147

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tous les états à esclaves réunis. De même aussi le tonnage des navires appartenant aux armateurs du Massachusetts est plus considérable que le tonnage de toute la flotte commerciale du sud ; l’état du Maine construit quatre fois plus de navires que tous les habitans riverains des côtes méridionales, et New-York à lui seul fait un commerce extérieur deux fois plus important que celui de tous les états à esclaves réunis ; quant au trafic intérieur, il est favorisé dans le nord par quatre fois plus de lignes ferrées que dans le sud. Supérieurs par le travail et tous les produits du travail, les Américains des pays libres sont également supérieurs par l’instruction : ainsi, en l’année 1850, les écoles du nord étaient fréquentées par 2,769,901 enfans, celles du sud par 581,861 élèves, cinq fois moins environ ; le nombre de ceux qui ne savaient pas lire était, au sud, d’un habitant sur 12 ; en-deçà de l’Ohio, elle était d’un sur 53. Le seul état de Massachusetts publiait presque autant de journaux et de livres que tous les états méridionaux réunis. D’ailleurs la supériorité du territoire de la liberté sur celui de l’esclavage est bien indiquée par la direction du courant d’émigration qui se porte d’Europe aux États-Unis. À peine quelques milliers d’hommes débarquent-ils chaque année à la Nouvelle-Orléans ; et le plus souvent, ils ne font que traverser cette ville pour remonter au nord vers Saint-Louis, Saint-Paul ou Chicago.

Quelle ne serait point encore cette infériorité des états à esclaves, si les planteurs n’avaient pas le monopole de la fibre végétale si essentielle à la prospérité industrielle et commerciale de l’Angleterre ! Mais ils n’ont pas fait un pacte avec la fortune, et tôt ou tard leur pays peut cesser d’être le seul grand marché producteur du coton. Cottonis king ! disent orgueilleusement les propriétaires d’esclaves, et tant que le coton nous appartiendra, nous dicterons nos conditions à nos acheteurs, nous serons les souverains commerciaux de l’Angleterre. Le coton, il est vrai, n’est pas le produit agricole le plus important du territoire si fertile de la, république : il vient après le maïs, le foin et le blé, que l’on cultive surtout dans les états du nord, il n’occupe environ que le dix-huitième des campagnes mises, en culture ; mais les planteurs américains n’en ont pas moins le monopole de ce produit, et ils gouvernent le marché du monde ; les quatre cinquièmes de leur récolte s’exportent en Europe, et les cinq septièmes environ en Angleterre [1]). Tous les autres pays producteurs de coton, les Indes orientales et occidentales, le

  1. L’Amérique expédie en moyenne chaque année au royaume-uni deux millions de balles de coton pesant 560 millions de kilogrammes et représentant une valeur de 750 millions de francs. Ces deux millions de balles de coton sont transformés par quinze cent mille ouvriers en marchandises d’une valeur de 4 milliards de francs.