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lentement, et après un siècle il n’a parfois pas plus de 35 centimètres de diamètre. À partir de cette époque, son accroissement se ralentit encore, et cependant on cite des chênes d’environ 4 mètres de diamètre. À juger de leur âge par leur grosseur, le même Deslongchamps déclare qu’on pourrait les croire âgés de plus de douze siècles.

Quant aux arbres exotiques, ils permettent de remonter bien plus haut. Adanson a mesuré au Cap-Vert un baobab dont le tronc avait 22 mètres de circonférence ; en le comparant à des individus plus jeunes, et dont il avait pu reconnaître l’âge, il estima que ce géant devait avoir vécu plus de cinq mille ans. Golbery a observé un autre représentant de la même espèce plus monstrueux encore : celui-ci atteignait 34 mètres de pourtour ; il devait par conséquent être, selon toute apparence, plus âgé que le précédent. Enfin l’espèce de pin colossal récemment découverte en Californie, le gigantesque séquoia, s’élève parfois à une hauteur de 100 mètres et présente, dit-on, une épaisseur de 10 mètres. On a compté les couches concentriques d’un de ces immenses troncs ; on en a trouvé plus de six mille. Cet arbre était donc contemporain des premières dynasties égyptiennes. Eh bien ! tous ces vétérans de la flore contemporaine ressemblent entièrement, aux dimensions près, aux plus jeunes arbres de même espèce qui les entourent et qui sont séparés d’eux par des milliers de générations.

Tous les exemples précédens sont pris dans la période géologique actuelle. Toutefois nous pouvons ici dépasser la limite qui nous arrêtera d’ordinaire et demander des enseignemens à l’époque reculée où se passa le dernier phénomène général qui ait laissé des traces sur notre globe. En remuant les sables du diluvium, on a ramené au jour des graines enfouies et qui avaient conservé leurs propriétés germinatives pendant un nombre de siècles indéfini, mais à coup sûr bien supérieur à celui qui nous sépare de la civilisation égyptienne même à son aurore. Les graines ont germé, et les individus qui en sont sortis se sont montrés entièrement semblables à ceux qui ont poussé dans les conditions ordinaires [1].

L’étude des animaux nous présente des faits entièrement pareils à ceux qui résultent de l’examen des espèces végétales. Ici encore nous nous adresserons sur-le-champ à l’Égypte. Les peintures des hypogées abondent en élémens propres à éclairer la question. Les premières nous montrent une foule d’espèces et de races animales représentées avec une fidélité dont nous pouvons encore juger par

  1. Ce fait remarquable a été observé par M. Michelet aux environs de Dôle. La plante qui a ainsi reparu est le galium anglicum, qui, à peine connu dans la localité, a couvert les sables du diluvium à mesure que les ouvriers en pelleversaient les bancs, demeurés jusqu’à cette époque entièrement intacts.